«Phobie administrative»: Dans un livre, Thévenoud raconte son ascension et sa chute

EXTRAITS L’ancien secrétaire d’Etat au Commerce extérieur sort « Une phobie française »…

T.L.G.

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Malgré ses déboires, Thomas Thévenoud a gardé son siège à l'Assemblée Nationale, ici le 28 novembre 2014.
Malgré ses déboires, Thomas Thévenoud a gardé son siège à l'Assemblée Nationale, ici le 28 novembre 2014. — Patrick Kovarik AFP

« Haï avant d’être connu, je veux tout vous raconter : l’ascension et la chute, les honneurs et la honte ». Dans Une phobie française (Grasset, 30 mars), Thomas Thévenoud évoque son parcours jusqu’à son éviction du gouvernement en 2014, résultat de sa désormais célèbre « phobie administrative ». 20 Minutes a sélectionné les meilleurs passages.

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« Faites campagne : bombardez le président de SMS », lui conseille Morano

Ce jour de 2014, Thomas Thévenoud discute avec des collègues au salon de coiffure de l’Assemblée nationale. Il est question de son entrée possible au gouvernement. « Ça m’étonnerait : je ne sais même pas qui vous êtes », lâche Nadine Morano. « C’est votre premier mandat ? Alors vous n’entrerez pas. On n’est jamais appelé au gouvernement la première fois », assure-t-elle au député de Saône-et-Loire, avant de lui souffler quelques conseils.

« Faites campagne : bombardez le président de SMS […] Allez voir les journalistes, dîtes vous-même que vous êtes dans les prétendants. Vous savez, à l’Élysée, ils regardent la télévision comme nous. Les télés vont faire des listes. S’ils voient que vous apparaissez dans ceux qui peuvent entrer, ils vont vous appeler. Il n’y a pas de secret. » Thomas Thévenoud reste coi. « Je n’ai même pas le 06 du président ». Nadine Morano le regarde, désespérée. « Vous êtes le seul à ne pas l’avoir à Paris. Même moi, je l’ai. Si vous voulez, je vous le donne. »

La nomination : « Tu vas avoir une maîtresse dans chaque port », lui annonce Valls

Thomas Thévenoud est finalement nommé secrétaire d’Etat au commerce extérieur. Manuel Valls l’appelle. « Il faut que tu apprennes à faire tes valises en vitesse. Tu vas voyager, mon pote. Tu vas faire le tour du monde. Préviens ta femme qu’elle ne va pas plus beaucoup te voir et que tu vas avoir une maîtresse dans chaque port. T’es un veinard, quand même », aurait glissé le Premier ministre.

Les impôts : « L’Élysée savait »

La scène se serait déroulé dans le bureau du secrétaire d’État au Budget. « En avril, tu as failli être nommé déjà… Tu sais pourquoi tu n’as pas été nommé finalement » ? « C’est à cause de tes impôts. L’Élysée savait et, au dernier moment, ils ont fait machine arrière », aurait dit Christian Eckert. Pourquoi a-t-il donc finalement été choisi à la fin de l’été ? « Ils ont dû oublier », répond le secrétaire d’Etat.

La chute : « La décision est prise. On ne va pas pouvoir te garder »

Quelques jours après la nomination, les retards de paiement commencent à fuiter. Manuel Valls le reçoit à Matignon. « Quand il est énervé, il marche les jambes écartées comme un cow-boy », écrit-il. Le Premier ministre regarde son ministre, droit dans les yeux. « La décision est prise. On ne va pas pouvoir te garder. On ne résistera pas à la pression. La presse est au courant. » Il répond : « Manuel, est-ce que je peux au moins me défendre ? »

« Non, c’est inutile […] Il fallait trancher. Couper la branche. Tu n’es qu’un secrétaire d’Etat. Personne ne te connaît. Tu pourras t’en sortir. Je te le souhaite en tout cas. » Le Premier ministre se lève. « Tu as le droit de te faire conduire jusque chez toi. Après, tu renvoies la voiture au ministère. C’est fini, Thomas. »

Le SMS de Cahuzac : « Je te souhaite courage et force. »

Au lendemain de sa chute, il reçoit un message. Le SMS est signé Jérôme Cahuzac. « Alors que la concurrence était vive, tu fus un des plus durs avec moi », écrit l’ancien ministre du Budget, lui aussi déchu. « Permets-moi de te dire ma tristesse pour toi car je sais bien que tu étais sincère. […] Je te souhaite courage et force. »

« Un spasme m’oblige à vomir »

Thomas Thévenoud regarde la séance de questions d’actualité à l’Assemblée. Les mots du Premier ministre lui « soulèvent le cœur ». « Un spasme m’oblige à vomir […] Chaque mot est un coup de poignard […] J’ai le souffle court. Je vomis à nouveau […] Je pleure, la tête penchée sur la cuvette. » Le socialiste reçoit un SMS d’un proche de Manuel Valls. « Nous sommes quelques-uns à penser à toi pendant que Manuel nous fait son numéro. C’est un bien petit torero que celui qui torée sans taureau. Courage. »