Loi travail: L'exécutif divise la contestation et cherche une majorité

NÉGOCIATIONS Manuel Valls a présenté une nouvelle version de la loi El Khomri...

T.L.G.

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Le Premier ministre Manuel Valls s'adresse au président Hollande le 18 novembre 2015, lors d'une rencontre à Paris
Le Premier ministre Manuel Valls s'adresse au président Hollande le 18 novembre 2015, lors d'une rencontre à Paris — STEPHANE DE SAKUTIN POOL

Un délicat numéro de funambule. « Nous avons modifié le texte initial et nous l’avons amélioré. Aujourd’hui, nous prenons un nouveau départ ». Manuel Valls a présenté ce lundi une version corrigée de la loi Travail auprès du patronat (Medef, CGPME, UPA), des syndicats (CFDT, CGT, FO, Unsa, CFTC, CFE-CGC) et des mouvements de jeunes.

Face à la gronde syndicale et étudiante, l’exécutif avait décidé d’agir en modifiant le texte. François Hollande aurait lui-même pris la plume ce week-end, afin de délivrer un « texte nouveau ». Pour convaincre les partenaires sociaux, l’exécutif a été contraint de lâcher du lest.

Des syndicats divisés

Le gouvernement a donc reculé sur les articles les plus contestés du projet de loi. Le barème qui devait plafonner les indemnités prud’homales, mesure-phare décriée, sera seulement « indicatif » et « sera une aide pour les juges prud’homaux, mais pas un carcan », a annoncé le chef du gouvernement.

Le retrait de cette mesure était une « condition sine qua non », pour la CFDT. Laurent Berger a jugé le texte comme porteur de « progrès pour les jeunes et les salariés ». Mais le secrétaire général de la CFDT était l’un des rares à avoir le sourire à l’issue des concertations. Pierre Gattaz, président du Medef, s’est dit « déçu » par ce recul, et François Asselin, dirigeant de la CGPME, a dit craindre une « réforme à l’envers ».

Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly a lui réitéré sa demande de retrait du projet. Même son de cloche à la CGT. Le secrétaire général Philippe Martinez a estimé que la mobilisation contre ce texte était « plus que jamais d’actualité ».

« Difficile d’éteindre un feu qu’on a allumé »

Et les jeunes ? L’Unef n’a pas été séduit par l’annonce de l’élargissement de la « garantie jeunes » et a indiqué poursuivre la mobilisation. Le syndicat étudiant sera rejoint jeudi par trois des principales organisations lycéennes mais pas par la Fage, qui a prôné « la poursuite du dialogue ».

Ces divisions symbolisent-elles l’échec de la synthèse si chère à François Hollande ? « Il est difficile d’éteindre un feu qu’on a allumé et de rétablir une confiance qu’on a méthodiquement sapée », grince le député frondeur Laurent Baumel à 20 Minutes.

Quelle majorité pour voter le texte ?

Le président du groupe socialiste à l’Assemblée Bruno Le Roux a assuré qu’il y aurait « une majorité de progrès » pour voter le projet de loi sur le travail. Le gouvernement semble déjà avoir perdu les voix de droite, qui a dénoncé par la voix de son porte-parole Guillaume Peltier, « les reculades » et « les renoncements » de l’exécutif.

Les socialistes restent eux divisés. Si Laurent Baumel reconnaît des évolutions « indiscutables » au texte, il assure que celui-ci « comporte toujours des régressions importantes de la condition salariale, comme la facilitation des licenciements économiques ou la prime à l’accord d’entreprise sur la branche ». Le député frondeur estime surtout que « le nouveau texte est inutile pour l’emploi et contraire à la vocation d’un gouvernement de gauche ». La synthèse reste donc en suspens.