Loi travail: «Tout ce que le gouvernement va concéder sur cette loi va la rendre inutile»

SOCIAL Le gouvernement devrait faire des concessions aux partenaires sociaux, notamment à la CFDT, dans l'espoir de débloquer la situation…

Propos recueillis par William Pereira
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Les jeunes protestent face à des militants de la CFDT à Rennes, le 12 mars.
Les jeunes protestent face à des militants de la CFDT à Rennes, le 12 mars. — MATHIEU PATTIER/SIPA

C’est cet après-midi que le gouvernement présentera de nouveaux arbitrages aux syndicats concernant la loi El Khomri. Si les appels au retrait du texte de la part de la CGT et de l’Unef ont peu de chance d’aboutir, le gouvernement pourrait en revanche accéder aux requêtes de la CFDT. Pour Dominique Andolfatto, professeur de sciences politiques à l’université de Bourgogne, spécialiste des organisations syndicales, celle-ci n’est, sur le fond, guère hostile au projet de réforme.

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Que réclame concrètement la CFDT concernant la loi El Khomri ?

La CFDT n’est pas entièrement hostile à ce projet de réforme car elle préconise la négociation au sein de l’entreprise. Le syndicat est favorable à l’autonomie des partenaires sociaux, au fait qu’ils agissent librement avec les employeurs, qu’ils soient mieux reconnus au sein de l’entreprise. Il est aussi favorable au compte personnel d’activité. Sur la philosophie, la CFDT n’est donc pas réellement contre le gouvernement. En revanche, elle lui est hostile sur la « barémisation » des indemnités prud’homales, puisque la loi revoit la définition du licenciement d’économique, et je pense qu’elle milite pour la taxation des CDD. Le fait est que la CFDT n’est pas contre beaucoup de choses, mais comme aujourd’hui les syndicats sont en concurrence les uns avec les autres, dès lors que la plupart d’entre eux sont contre la réforme, la CFDT ne peut pas vraiment se positionner en faveur de la loi Travail de peur de se faire sanctionner lors des élections syndicales au sein des entreprises. Elle est dans une position un peu étrange qui fait que l’on a l’impression qu’elle n’est ni pour, ni contre.

Que peut encore concéder le gouvernement à la CFDT ?

Rien. Dans l’absolu, tout ce que le gouvernement va concéder sur cette loi va la vider de sa substance et la rendre inutile. Autant ne pas la faire. Cela deviendrait une loi disons… un peu cosmétique. Sans vouloir prendre position, il n’y avait pas de changements majeurs dans ce projet, sinon un peu plus de flexibilité. Si l’on prend l’exemple du travail des apprentis, beaucoup d’entre eux travaillent déjà entre 40 et 42 heures par semaine, notamment dans le domaine de la restauration. Le projet de loi aborde des situations qui existent donc déjà. On ne rayait pas d’un trait de plume le Code du travail, même en ce qui concerne la « barémisation » des indemnités prud’homales, qui était plutôt nivelée vers le haut. Cette loi, initialement conçue pour rassurer les employeurs et les pousser à embaucher en CDI, risque de se transformer en projet qui va rigidifier le travail et effrayer les employeurs qui craignent déjà que l’on en vienne à taxer les CDD, ce qui n’était pas prévu au départ. Il y a un certain manque de courage de la part du gouvernement, qui semble être en train de reculer après les premières manifestations, alors qu’il ne le devrait peut-être pas.

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Le gouvernement aurait-il dû dialoguer avec les syndicats avant la divulgation du projet de réforme ?

Oui. Le gouvernement aurait dû respecter la loi Larcher datant de 2007, qui prévoit une phase de concertation préalable des partenaires sociaux. Ce qui a été fait n’en était pas pour autant illégal, mais je doute du fait que cela ait été la meilleure manière de procéder, que ce soit pour la loi elle-même ou pour le gouvernement.

Est-ce que le fait de convaincre la CFDT peut résoudre les problèmes du gouvernement ?

Non, car ce n’est pas elle qui dicte la mobilisation. Ceux qui sont mobilisés contre le projet de réforme ne se rétracteront pas parce que la CFDT cesse de protester. Que la CFDT soutienne ou non le projet, ils s’en fichent. Après, peut-être qu’une telle posture pourrait avoir un impact sur l’opinion publique, qui sait. Mais j’en doute, car aux yeux de l’opinion, les syndicats n’ont pas une grande influence ni une image positive. Pour répondre directement à la question, nous sommes probablement partis pour un long dialogue de sourds entre le gouvernement et les partenaires sociaux.