Loi Travail: Le mouvement contestataire peut-il s'amplifier?

SOCIAL Malgré une forte mobilisation contre la loi Travail ce mercredi 9 mars, et la satisfaction affichée par les organisations de jeunes, le doute plane quant à l'ampleur que pourra prendre le mouvement...

William Pereira

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Des milliers de manifestants ont protesté dans les rues de Paris, mercredi 9 mars
Des milliers de manifestants ont protesté dans les rues de Paris, mercredi 9 mars — Michel Euler/AP/SIPA

Entre 224 000 et 500 000 personnes ont manifesté leur mécontentement face au projet de Loi El Khomri, à travers le pays, mercredi 9 mars. Appelés à descendre dans les rues par l’Unef, les jeunes ont répondu présent, donnant ainsi satisfaction au syndicat des étudiants, qui a déjà annoncé une nouvelle journée de mobilisation le 17 mars prochain.

« C’est une très bonne journée de mobilisation sachant qu’on n’a eu que deux jours pour la préparer », s’est félicité le président de l’Unef, William Martinet. Jean-Marie Le Guen, lui, minimise l’ampleur des manifestations de la veille. « Je ne pense pas que cela fait la démonstration du refus du projet de loi », a expliqué le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, sur iTélé. Réalité ou simple posture ? Difficile à dire, d’autant que Manuel Valls a annoncé ce jeudi qu’il recevrait les organisations de jeunesse, vendredi à 10h.

 

« L’Unef veut empêcher que le mouvement faiblisse »

La sociologue du militantisme Irène Pereira ne croit pas que la mobilisation soit vouée à faiblir. « Je pense que pour une première manifestation, les jeunes se sont bien mobilisés. Beaucoup d’entre eux manifestaient pour la première fois, il n’y aura pas de lassitude pour ces derniers. » Et d’ajouter que « la stratégie de l’Unef est bien rôdée. En lançant un nouvel appel à une date aussi rapprochée, elle veut empêcher que le mouvement faiblisse. »

Un avis que ne partage pas Olivier Galland, directeur de recherche au CNRS. « A priori, que les éléments nous disposons ne nous permettent pas d’annoncer que la contestation des jeunes se renforcera ». Le sociologue pointe également du doigt la comparaison erronnée avec le CPE. « On oublie que le CPE était directement destiné aux jeunes. Le projet de loi actuellement contesté, lui, vise plutôt les salariés en activité. La vraie question est de savoir si les jeunes s’imaginent déjà en futurs détenteurs de CDI, ou plutôt en arrivant sur le marché du travail à la recherche d’un emploi. »

 

« Le gouvernement a peur des jeunes »

 

Olivier Galland n’est en outre pas convaincu que les jeunes soient unis derrière un même projet. Selon lui, « les jeunes qui n’ont peu ou pas de diplômes n’ont pas forcément les mêmes intérêts que ceux qui ont fait de plus grandes études », avant de nuancer ses propos : « Le chômage est à 24 ou 25 % chez les jeunes, et il reste possible que cette insatisfaction se cristallise autour de la loi El Khomri. »

C’est l’avis d’Irène Pereira, qui a vu dans les manifestations parisiennes « des indicateurs » qui laissent croire à un soulèvement historique, comme « la forte mobilisation syndicale salariée », mais aussi la date de ces mouvements sociaux. « Depuis mai 68, on observe des cycles contestataires de dix en dix ans. » Pour marcher sur les traces des précédentes générations, lycéens, étudiants et jeunes actifs devront cependant faire mieux que le 9 mars. « Le gouvernement a peur des jeunes », estime Olivier Galland, « mais pour le moment, il semble que les syndicats de salariés et notamment la CFDT sont ceux qui auront le plus d’influence dans les négociations à venir. »