Loi travail : «J’espère que ce sera notre mai 68 à nous»

REPORTAGE Le mouvement de contestation contre la Loi Travail a rassemblé entre 28 000 et 100 000 personnes dans les rues de Paris. Jeunes, syndicats et Jean-Luc Mélenchon, tous ont animé ce 9 mars à leur manière...

William Pereira

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Les manifestants se sont rassemblés sur la Place de la République.
Les manifestants se sont rassemblés sur la Place de la République. — WP

Initié sous la pluie en fin de matinée devant le siège du Medef dans le 7e arrondissement de Paris, et bouclé sous le soleil de la place de la Nation en fin d’après-midi après une escale remarquée à République, le mouvement social contre la réforme El Khomri a tenu ses promesses à Paris. Les manifestations ont réuni 100.000 personnes, selon la CGT, entre 27.000 et 29.000, selon la préfecture de police. De l’Unef, à la CGT en passant par FO, des lycéens aux retraités en passant par les salariés du privé, tous ont malmené leurs cordes vocales des heures durant afin de réclamer le retrait pur et simple du projet de loi Travail. Pas question de négocier, donc. « Vu le combat dans lequel nous nous trouvons, faire la moindre concession au gouvernement serait un échec pour nous, vu que nous n’y gagnerons rien en retour », analyse Pierre, médecin généraliste de 43 ans. Fan de Star Wars, il arbore fièrement une pancarte sur laquelle on peut lire « Class Wars, le pire contre-attaque », dont le succès se mesure au nombre de photos prises par les manifestants de la place de la République.

Un manifestant bien inspiré, pancarte à la main.
Un manifestant bien inspiré, pancarte à la main. - WP

 

« On vaut mieux que ça »

Juste derrière, à l’intérieur d’un périmètre délimité par un cordon de sécurité, une dizaine de jeunes chantent cinq minutes durant : « Système patronal, système patriarcal ».

 

 

Réflexion sur le travail

Moins bruyants, Clément et Quitterie, 21 ans, observent le spectacle et théorisent en silence. Mais n’en pensent pas moins. La première, étudiante en Histoire à Paris IV, en veut à François Hollande. « Le travail dominical, la loi Macron, et maintenant celle-ci… C’est tout sauf une politique de gauche. Même Sarkozy ne l’aurait pas faite. Ceux qui ont voté pour lui [Hollande] en 2012 ne doivent plus savoir en qui croire ! » Le second, étudiant en master management de la musique festivale a déjà travaillé en France, mais aussi en Espagne et en Turquie. Des expériences qui l’ont menée à une conclusion : « J’ai remarqué que dans certaines entreprises, la pression au travail était très présente. Si la loi El Khomri venait à passer, celle-ci serait accentuée, et, pire, autorisée. Je ne vois donc pas comment cette réforme peut-être bénéfique sur le plan individuel. » Le jeune homme à la tignasse claire n’est pas le seul à se poser des questions sur le travail. « Le slogan de la manifestation est intéressant car il pose la question du sens du travail. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller simplement travailler », s’interroge de son côté Bruno Lamour, dirigeant du collectif Roosvelt, qui milite pour le partage du temps de travail. Et d’ajouter que « l’on nous bassine avec la modernité de la loi. La vraie modernité, c’est reconsidérer la question de la croissance, derrière laquelle on court sans raison. »

 

 

Jean-Luc Mélenchon, bière à la main

Il est 15 heures quand la queue du cortège, encore bloqué aux abords du boulevard Voltaire, commence à avancer. En retrait, les fourgons de Force Ouvrière et Sud Rail misent tout sur leur playlist pour mettre l’ambiance. Les premiers lancent un classique Hasta Siempre avant d’être suivis par leurs homologues aux gilets verts qui bougent au son d’IAM. Jean-Luc Mélenchon apprécie et profite d’un court entract pour saluer les syndiqués de la CGT. Le candidat à la présidentielle de 2017 en profite même pour se faire servir un gobelet de bière et de trinquer pour le peuple, avant de balayer d’un revers de main les journalistes qui essayent de lui arracher quelques mots.

 

Jean-Luc Mélenchon salue les syndidiqués.
Jean-Luc Mélenchon salue les syndidiqués. - WP

 

 

Les minutes passent, les manifestants avancent, crient, chantent, faiblissent, mais ne plient pas. A 17 heures passées, des voix éreintées aux mégaphones se font toujours entendre. Les fumigènes sont toujours allumés. Malgré quelques légers débordements aux abords de la place de la Nation dans la matinée, l’ambiance est relativement paisible. « On est assez agréablement surpris », admet Clément. « Avec l’état d’urgence, on pensait que les CRS seraient plus agressifs, mais tout se passe bien. » Et de poursuivre qu’il était « agréable de voir que malgré le contexte, malgré le lieu, les gens n’ont pas eu peur de descendre dans la rue », faisant allusion aux attentats du 13 novembre 2015. Quitterie, elle, est satisfaite du nombre de jeunes qu’elle a pu croiser au long de cet après-midi. « Je ne suis pas venue seule. C’est la preuve que, contrairement à ce qui se dit, la jeunesse n’est pas bête et comprend ce qui se passe. J’espère que dans la symbolique, ce sera notre mai 68 à nous. » En attendant de savoir si ce 9 mars 2016 fera date, l’Unef a déjà lancé un appel à une nouvelle journée d’action, le 17 mars.