Loi travail: Les mouvements de jeunes sont-ils pilotés par un «baron noir»?

RUMEUR Plusieurs organisations de jeunes ont appelé à manifester contre la loi El Khomri ce mercredi...

Thibaut Le Gal

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Kevin Spacey dans House of cards
Kevin Spacey dans House of cards — Copyright : © Sony Pictures Television

Tapi dans l’ombre, il tirerait les ficelles. Le marionnettiste aurait ses contacts au sein des organisations de jeunesse qui ont appelé à manifester mercredi pour réclamer le retrait du projet de loi El Khomri. Selon certains médias, l’Elysée tenterait de débusquer ce « Baron Noir » qui œuvrerait en sous-main depuis l’aile gauche du Parti socialiste.

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« C’est une thèse ridicule alimentée par l’Elysée et Matignon qui séduit les médias. L’exécutif aurait d’ailleurs tort de se tranquilliser avec ce genre d’explications », prévient le député frondeur Laurent Baumel. « Il y a chez les salariés, chez les étudiants, sur les réseaux sociaux, une vraie hostilité à ce qu’incarne le projet El Khomri. Ils n’ont pas besoin d’être pilotés par Benoît Hamon ou un autre ».

Benoît Hamon.
Benoît Hamon. - JOEL SAGET / AFP

« Le Baron Noir, c’est moi »

Le nom de l’ancien ministre revient lorsqu’il s’agit d’incarner le « Baron Noir ». Le député des Yvelines garde des contacts au sein de l’Unef, le premier syndicat étudiant ou chez les Jeunes socialistes. « Les gens fantasment, aujourd’hui, la jeunesse décide toute seule, la tutelle politique sur les mouvements étudiants n’est plus d’actualité. Après, il m’arrive de discuter d’échanger avec eux parce qu’ils font partie de ma famille politique », reconnaît l’intéressé dans Libération.

Cette histoire d’un manipulateur de l’ombre n’est pas qu’une fiction de Canal +. Le personnage interprété par Kad Merad dans la série Baron Noir est largement inspiré de l’histoire de Julien Dray. « Le Baron Noir, c’est moi », s’amuse-t-il aujourd’hui. A l’époque, le militant trotskiste mobilisait étudiants et lycéens pour nuire au gouvernement Rocard au début des années 1990. « Nous ne sommes plus dans cette époque de lutte socialo-socialiste où la succession de Mitterrand se posait. Aujourd’hui, la gauche gouverne en basculant dans le libéralisme économique. Les jeunes n’ont pas besoin des frondeurs pour s’en rendre compte », répond Laurent Baumel.

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« Je n’imagine pas Benoît Hamon organiser les manifestations étudiantes, mais il y a probablement des échanges. Quand vos "pères" en politique s’expriment contre un projet, ça vous met de l’essence dans le moteur », sourit Luc Carvounas, sénateur PS proche de Manuel Valls. « Benjamin [Lucas, président du MJS] a l’expérience et l’âge de ses artères. J’ai moi-même été jeune, et manifesté contre la loi Devaquet ».

« Les jeunes n’ont pas besoin de Baron noir »

« Qu’il y ait des liens entre des socialistes, l’Unef et le MJS, ce n’est pas nouveau. Il est possible aussi qu’il y ait une dimension politique dans ces manifestations », avance le député PS Christophe Caresche. « Mais s’il y a une manipulation, elle est plutôt exercée par les responsables étudiants qui expliquent que la loi El Khomri est contraire à leurs intérêts, alors qu’elle a pour but de créer plus d’emplois et de faciliter leur entrée sur le marché du travail », poursuit le député réformateur (aile droite du PS).

« Des appareils politiques qui manipulaient les jeunes, cela a sans doute existé il y a 20 ans. Moi, quand je suis arrivé à l’Unef [au début des années 2000], on nous apprenait justement que ces méthodes avaient tué le militantisme étudiant », s’agace Caroline de Haas, militante féministeà l’origine de la pétition ayant attiré plus d’un million de signatures contre la loi El Khomri. « Les jeunes sont dotés de raison. Ils n’ont pas besoin d’un Baron Noir pour comprendre que cette réforme est une mauvaise chose pour eux. »