Loi travail: Le report de la réforme El Khomri, pause tactique ou prémices d'abandon?

EMPLOI Le gouvernement a-t-il reculé en reportant de quinze jours la présentation du texte de la réforme du droit du travail, dite El Khomri ?

Laure Cometti

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La ministre du Travail Myriam El Khomri et le chef du gouvernement Manuel Valls, à Chalampe, le 22 février 2016.
La ministre du Travail Myriam El Khomri et le chef du gouvernement Manuel Valls, à Chalampe, le 22 février 2016. — KAMIL ZIHNIOGLU/SIPA

Le report impromptu du projet de loi El Khomri a suscité nombre de spéculations. Le texte de la réforme du droit du travail, qui devait être présenté en Conseil des ministres le 9 mars, ne sera finalement dévoilé que le 24 mars prochain. Face à l’opposition d’une partie de la gauche et des syndicats et à la contestation de la société civile qui s’organise sur Internet, le gouvernement cherche-t-il à temporiser ou va-t-il enterrer une réforme trop préjudiciable à un an de la présidentielle ?

« L’exécutif ne va pas abandonner »

C’est le Premier ministre Manuel Valls qui a annoncé lundi le report de la présentation de la réforme. Lui qui se montrait inflexible, déclarant la semaine dernière qu’il « irait jusqu’au bout » à l’antenne de RTL, tente désormais de déminer le terrain avant le débat parlementaire.

Et même les partisans de la réforme El Khomri saluent le report. C’est une « sage décision », selon Christophe Caresche, député PS de Paris. Ces quinze jours permettront selon lui de « discuter avec les acteurs ouverts au dialogue, comme la CFDT, pour aboutir à un texte plus acceptable et adopter une réforme ambitieuse ». Mais pas question pour l’exécutif d’abandonner « la flexibilité donnée aux entreprises », déclare-t-il à 20 Minutes.

« On repart à zéro »

Yann Galut, qui estimait lundi sur Twitter que le texte pourrait être retiré, nuance sa position.

Le député PS du Cher prédit que « le texte sera maintenu, mais pas en l’état ». Le report vient selon lui réparer une erreur, l’absence de concertation avec les partenaires sociaux, « alors que c’était l’un de nos engagements. Maintenant, on calme le jeu, on repart à zéro et on remet le texte à plat. Il faut le rééquilibrer, affirme-t-il à 20 Minutes, car il manque de vraies garanties de sécurité pour les salariés. »

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Un pas en avant, deux pas en arrière ?

Pour certains observateurs, le gouvernement se livre à une stratégie d’« un pas en avant, deux pas en arrière », en présentant un premier texte qui risque d’être largement raboté. C’est bien ce qui préoccupe les organisations patronales, qui redoutent un « affadissement » du texte, du côté du Medef, et « une édulcoration de certains articles » pour la CGPME. « J’ignore si c’est une stratégie mais si c’est le cas, ça a fait pschitt », tance Yann Galut.

Pour Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université Lille-II et chercheur au CNRS, une hypothèse se dégage. « Le gouvernement navigue à vue et tente de gagner du temps pour diluer une mobilisation qu’il n’avait apparemment pas anticipée. » Si Manuel Valls a jugé «exagéré» ce mardi de parler de « reculade », cela ressemble à un repli tactique pour préparer la contre-attaque. « On sait que c’est compliqué en France dès qu’on touche au droit du travail, on aurait dû sortir l’artillerie lourde », lâche Christophe Caresche, jugeant qu’il y a eu « un défaut de préparation, de pédagogie et d’anticipation » de la part du gouvernement. « Il faut reconquérir le terrain perdu et répondre aux contre-vérités énoncées par certains opposants au texte ».

Le Premier ministre « joue l’explosion de la gauche »

Alexis Bachelay, député PS des Hauts-de-Seine, dénonce auprès de 20 Minutes la méthode du gouvernement qui « a court-circuité les parlementaires, les syndicats et la société civile ». Le Premier ministre « joue l’explosion de la gauche, il est dans le coup d’après et assume la volte-face libérale », estime Rémi Lefebvre. La stratégie de François Hollande lui semble en revanche moins lisible, car le Président « aura besoin des électeurs de gauche s’il est candidat en 2017 ».

Si le projet de loi a déjà été rebaptisé « sur les nouvelles protections pour les entreprises et les salariés », le calendrier initial n’a pas été bousculé : comme annoncé le 18 février dernier, le texte sera examiné en première lecture par les députés début avril. Un signe que l’exécutif maintient le cap ?