Primaire à droite: En quête de stature internationale, Alain Juppé s'est rendu en Tunisie

POLITIQUE L’ancien Premier ministre et candidat à la primaire à droite Alain Juppé clôt un voyage en Tunisie, après avoir effectué une visite officielle en Algérie…

Anne-Laëtitia Béraud

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L'ancien Premier ministre Alain Juppé, le 28 février 2016 à Tunis, en Tunisie.
L'ancien Premier ministre Alain Juppé, le 28 février 2016 à Tunis, en Tunisie. — Hammi/SIPA

Destination soleil pour l’ancien Premier ministre français Alain Juppé. Le candidat à la primaire à droite pour la présidentielle termine ce lundi un voyage officiel de deux jours en Tunisie. Il a été notamment reçu par le président tunisien Béji Caïd Essebsi. Cette visite aux accents présidentiels intervient quelques jours après un déplacement à Bruxelles, et quelques semaines après sa visite en Algérie, au début du mois de février, où il avait notamment rencontré le chef d’Etat Abdelaziz Bouteflika. 

En organisant ce voyage sur la rive sud de la Méditerranée, le maire Les Républicains de Bordeaux poursuit sa quête de légitimité qui doit l’emmener jusqu’à l’élection présidentielle de 2017. « Le voyage à l’étranger est classique dans la construction d’une stature de chef », commente Alexandre Eyries, enseignant en Sciences de la communication à l'Université de Bourgogne*.

Image et paroles très construites

« La communication et l’image d’Alain Juppé sont très construites. Il veut apparaît comme le chef d’Etat rassurant qu’il aspire à être. Sur sa photo de profil sur Twitter, il est placé devant les drapeaux français et européen, comme le ferait un président de la République. Il apparaît sur une autre photo en serrant la main du président tunisien, comme un égal… », liste le chercheur en communication politique. « C’est important car dans cette primaire, Alain Juppé est concurrent de Nicolas Sarkozy, qui lui, est un ancien président », souligne Alexandre Eyries.

Et le fait qu’Alain Juppé soit reçu par les plus hautes autorités tunisiennes révèle qu’il est pris au sérieux par celles-ci. « Alain Juppé a l’expérience de la fonction, sa candidature est bien vue, et son âge plaide pour lui », juge Alexandre Eyries, évoquant la candidature d’un autre septuagénaire à la magistrature suprême, le candidat démocrate Bernie Sanders aux Etats-Unis.

Parler aux Français depuis l’étranger

Ce voyage en Tunisie est aussi une occasion, pour le candidat, d’adresser un message aux Français et aux binationaux. « Depuis la Tunisie, il évoque des sujets nationaux, explique son opposition au texte sur la déchéance de la nationalité. C’est un procédé classique des Lettres persanes de Montesquieu, celui d’une prise de recul et d’observation de la société française depuis l’étranger », ajoute le chercheur. « Ce discours s’adresse tant à l’électorat français qu’aux binationaux franco-tunisiens, qui peuvent constituer un levier puissant pour des élections en étant des relais d’opinion », continue Alexandre Eyries. Selon l’ambassade de France en Tunisie, environ 420.000 Franco-Tunisiens résideraient en France. Autant de binationaux qui pourraient être sensibles au discours du candidat à la primaire à droite, qui se tiendra les 20 et 27 novembre 2016.

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Mais point trop n’en faut. Trop de voyages à l’étranger pourraient nuire au candidat putatif à la présidentielle. « C’est une histoire d’équilibre. Alain Juppé n’a aucun intérêt à se lancer dans une tournée à l’international qui l’éloignerait de son objectif, qui est la primaire puis la présidentielle », rappelle l’enseignant-chercheur. Le programme semble pourtant chargé pour Alain Juppé : il compte se rendre d’ici l’été en Allemagne, en Angleterre et au Maroc.

La communication poli-tweet, L'Harmattan 2015