Primaire de la droite: Bruno Le Maire est-il vraiment le candidat du «renouveau»?

PRIMAIRE L'ancien candidat à la présidence de l'UMP est candidat à la primaire de la droite pour 2017...

Thibaut Le Gal

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Bruno Le Maire à son bureau, février 2016.
Bruno Le Maire à son bureau, février 2016. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Le quadra dans le grand bain. Bruno Le Maire a annoncé sa candidature à la primaire de la droite et du centre ce mardi soir depuis Vesoul (Haute-Saône). Un territoire symbolique pour le député Les Républicains de l’Eure. Il sera accueilli par l’un des 31 parlementaires le parrainant, le député-maire Alain Chrétien.

Vesoul, territoire « rural », d’une France « discrète », qui ne « fait pas parler d’elle », précise le candidat. Vesoul, terre éloignée de la « monarchie technocratique » parisienne, que Bruno « renouveau » Le Maire fustige depuis des mois. Derrière la formule, un souhait : faire évoluer la pratique politique en interdisant le cumul des mandats, en limitant leur nombre dans le temps et en réduisant le nombre de parlementaires. Un credo, et un slogan « Le renouveau, c’est Bruno », qui s’affiche déjà sur les T-shirt et revient dans la bouche de ses partisans.

« Un renouveau mêlé à l’expérience »

« Les Français se désintéressent de l’offre politique proposée depuis plusieurs années. Ils attendent un homme neuf pour 2017 », lance Laure de La Raudière députée d’Eure-et-Loir. « On arrive au bout d’un système politique. Bruno Le Maire incarne un élan de fraîcheur, à l’image d’un Matteo Renzi en Italie, d’un Barack Obama aux Etats-Unis, ou d’un Emmanuel Macron à gauche », ose le député de l’Ain Damien Abad.

L'« homme neuf » possède un costume ancien. N’a-t-il pas fait ses classes dans le cabinet de Dominique de Villepin à Matignon avant d’être propulsé au ministère de l’Agriculture par un certain Nicolas Sarkozy ? « Un renouveau mêlé à l’expérience », répondent ses fidèles. L’énarque assure être le seul à pouvoir renverser la table et révolutionner l’administration française justement « parce qu’il en vient ».

« La campagne lui a permis de fendre l’armure »

« Débarrassez-vous de votre côté bon élève. Moi, à votre place, je mettrais des bottes, une vieille parka et je ferais le tour de la France », lui glisse un jour de 2011 Dominique de Villepin. Bruno Le Maire sillonne alors les routes de l’hexagone pour se départir de l’image de techno lettré. « 320 déplacements auprès des Français pour avoir les idées claires, et définir un cap pour le pays », glisse Laure de La Raudière. Il aiguise ses armes aussi, lors de l’élection pour la présidence de l’UMP en novembre 2014 et obtient près de 30 % derrière Nicolas Sarkozy.

« Il lui a manqué un peu de temps. Mais son tour de France a été un axe fondateur. La campagne lui a permis de fendre l’armure », poursuit Damien Abad. Cette stratégie du « chevalier blanc » lui permet aussi de se démarquer de ses adversaires, qu’il promet d’ailleurs d’envoyer à la retraite. « Si je gagne la primaire, et je vais la gagner, Sarkozy, Juppé et Fillon, ne vont pas demander de poste. C’est pour cette raison que cette campagne sera féroce, c’est une question de vie ou de mort, pas une course de petits chevaux comme la primaire socialiste », lance BLM au Monde.

« Il pense comme Buisson et se présente comme Juppé »

« Il est le seul à pouvoir faire la synthèse car il incarne la fermeté de Nicolas Sarkozy, l’humanisme d’Alain Juppé, et le libéralisme de François Fillon », insiste Damien Abad. Quitte à devoir faire le grand écart entre l’ancienne image de modéré et des propositions tranchantes comme l’expulsion des étrangers fichés S, le rétablissement de la double peine ou la privatisation de Pôle emploi. « Il pense comme Buisson et se présente comme Juppé », raille Jean-Christophe Cambadélis, qui voit en lui le candidat le plus « dangereux » à droite.

Bruno Le Maire entamera dès mercredi la promotion de son livre Ne vous résignez pas ! avant de se rendre au Salon de l’Agriculture pendant trois jours. Tâter le cul des vaches, façon Chirac : ici rien de très nouveau.