Démission de Taubira: «Un pouvoir de nuisance beaucoup plus fort à l’extérieur du gouvernement»

INTERVIEW «20 Minutes» a interrogé Caroline Vigoureux, auteur de l’ouvrage «Le mystère Taubira»...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Christiane Taubira, alors garde des Sceaux, au TGI de Paris, le 18 janvier 2016
Christiane Taubira, alors garde des Sceaux, au TGI de Paris, le 18 janvier 2016 — THOMAS SAMSON AFP

Christiane Taubira a remis ce mercredi sa démission à François Hollande. L’ex-ministre de la Justice, opposée à la réforme de la déchéance de nationalité, est remplacée par Jean-Jacques Urvoas, proche de Manuel Valls. La Guyanaise peut-elle exercer son pouvoir de nuisance pour le gouvernement ? 20 Minutes a posé la question à Caroline Vigoureux, journaliste à l’Opinion et auteur de l’ouvrage Le mystère Taubira (Plon).

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Cette démission est-elle une surprise ?

Non, on sait depuis longtemps que Christiane Taubira était contre la déchéance de nationalité. La ministre ne voulait pas défendre la révision constitutionnelle au Parlement. Elle a fini par acter sa décision lors d’une rencontre avec François Hollande et Manuel Valls samedi. Puisque François Hollande s’envolait pour l’Inde, on a attendu le dernier moment pour annoncer son départ.

Ce départ fragilise-t-il le gouvernement ?

Ce ne peut être qu’une mauvaise nouvelle pour l’exécutif. Depuis les départs d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon en août 2014, Christiane Taubira était la dernière caution de l’aile gauche pour le gouvernement. C’est une lourde perte en termes de valeurs car la ministre était devenue une icône à gauche depuis les débats sur le mariage pour tous à l’Assemblée nationale.

Que va-t-elle devenir ?

Son pouvoir de nuisance sera beaucoup plus fort à l’extérieur du gouvernement. Sa liberté de parole sera totale, mais il est difficile de savoir ce qu’elle souhaite en faire. Depuis sa nomination en mai 2012, elle rêve de retourner en Guyane, sur ses « terres d’Amazonie », comme elle le dit. A 63 ans, sa carrière est a priori derrière elle. Elle a obtenu le record de longévité place Vendôme, et aura porté une loi emblématique avec le mariage pour tous.

On a du mal à l’imaginer prendre sa retraite politique…

Certains soulèvent l’hypothèse d’une candidature en 2017, ce n’est pas impossible, mais j’en doute. « Je suis trop vieille », expliquait-elle déjà en juin 2014. Christiane Taubira a d’ailleurs beaucoup de mal à fédérer autour d’elle. C’est une femme politique solitaire. Elle a quitté le parti radical de gauche depuis longtemps et son parti guyanais Walwari ne vaut pas grand-chose.

La ministre n’a jamais caché sa proximité avec les frondeurs mais son image s’est érodée au fil des remaniements. Certains à gauche estiment que la ministre a avalé trop de couleuvres. Pourtant, c’est vrai qu’on a du mal à l’imaginer prendre une retraite paisible dans sa maison de Cayenne. Comme beaucoup de personnalités politiques, elle pourrait expliquer que la situation du pays l’oblige à se lancer…