«L'université d'été ? Un verrouillage unanimiste»

INTERVIEW Le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon explique pourquoi il ne se rend pas à La Rochelle…

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Le sénateur de l'Essonne Jean-Luc Mélenchon, représentant de la gauche du PS, a jugé samedi le discours de rentrée de l'ex-candidate socialiste Ségolène Royal "irréel" et déploré le peu de références, selon lui, aux questions sociales dans cette allocution.
Le sénateur de l'Essonne Jean-Luc Mélenchon, représentant de la gauche du PS, a jugé samedi le discours de rentrée de l'ex-candidate socialiste Ségolène Royal "irréel" et déploré le peu de références, selon lui, aux questions sociales dans cette allocution. — Jean Ayissi AFP/Archives
Entretien avec le sénateur socialiste de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon, auteur de «En quête de gauche» (éd. Balland)

Vous avez décidé de ne pas vous rendre à l'université d'été du PS à La Rochelle. Pourquoi?


Je n'accepte pas la façon dont la gauche du parti à laquelle j'appartiens a été écartée. Elle ne sera représentée que, dans une seule plénière, par Henri Emmanuelli, un proche de Hollande. Bien sûr, la direction va dire que l'on m'a proposé de participer. Mais on m'a dit qu'il serait impossible de m'héberger et que mon temps de parole – depuis la salle — serait très limité. C'est un traquenard.
 
N'était-ce pas justement l'occasion de faire valoir votre vision de la rénovation?


Auparavant, l'université d'été permettait de confronter des idées. Cela rendait l’exercice utile et sympathique. Mais la dimension échanges a progressivement disparu pour faire de cet événement un verrouillage unanimiste. C'est devenu un simple cadre de congratulations où la direction agit comme si chacun avait fait sa conversion idéologique. Qu'est-ce que j'irais donc y faire? Applaudir François Hollande? Si je ne dis rien, on dit que j'approuve la direction. Si je parle, on m'accuse de semer la zizanie.
 
Ne craignez-vous pas que vos critiques virulentes n'affaiblissent le parti au profit de la droite?

C’est un argument de terrorisme intellectuel : se taire ou être accusé de faire le jeu de l’adversaire. Comme si les ralliements d’anciens dirigeants socialistes et la critique molle des survivants ne lui suffisaient pas ! Mais pour dénoncer la présence de Sarkozy à l’université du MEDF, il n’y avait que moi. Ceux qui ont décidé d’écrire un livre— nous ne nous sommes pas concertés — veulent donner un certain niveau de débat intellectuel. Mais nous sommes méprisés comme des importuns par François Hollande, le chef des sophistes. Lorsque j'ai dit au premier secrétaire que j'étais contre le concept d'«ordre juste», il m'a simplement répondu : «tu préfères le désordre injuste?». Ces jeux de mots ne sont pas à la hauteur des pistes de réflexion que nous devons explorer pour rénover le parti. Je reste disponible pour les ateliers de la rénovation qui se tiendront à l'automne mais je ne me laisserai pas domestiquer. La méthode pour faire entendre ma voix, c'est moi qui la choisirai.