Pourquoi Manuel Valls et Jean-Louis Bianco s'opposent-ils sur la laïcité?

POLITIQUE Le Premier ministre Manuel Valls et le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, s’écharpent depuis plusieurs jours…

A.-L.B. avec AFP

— 

Le Premier ministre Manuel Valls, le 16 janvier 2016 à l'usine Lesieur à Bassens (Gironde).
Le Premier ministre Manuel Valls, le 16 janvier 2016 à l'usine Lesieur à Bassens (Gironde). — Ugo Amez/SIPA

Que met-on derrière la notion de « laïcité ? » Les tenants d’une ligne apaisante et ceux d’une laïcité « combative » s’écharpent depuis plusieurs jours. La querelle implique d’un côté le Premier ministre Manuel Valls, et de l’autre le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, et le rapporteur général de cette organisation, Nicolas Cadène. Retour sur ces différends en plusieurs points…

L’origine de la querelle

L’histoire commence le 6 janvier, après un entretien à France Inter d’Elisabeth Badinter sur la laïcité. La philosophe promeut une laïcité de combat indiquant qu'« il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe ». Une position que ne goûte guère le rapporteur général de l’observatoire sur la laïcité. Nicolas Cadène balance sur Twitter : « Quand un travail de pédagogie de trois ans sur la laïcité est détruit par une interview… »

Tacle de Manuel Valls

« Un collaborateur d’une organisation de la République ne peut pas s’en prendre à une philosophe comme Elisabeth Badinter », tacle peu après Manuel Valls. « L’Observatoire est indépendant mais là, il y a des lignes qui ont été dépassées », martèle le chef du gouvernement.

Réponse du président de l’Observatoire

Jean-Louis Bianco monte au front, accusant Manuel Valls de « méconnaître la réalité des institutions indépendantes dans la République ». Il affirme par ailleurs que l’observatoire, s’il conseille Matignon, « n’est pas placé sous sa responsabilité ». Une phrase démentie par l’entourage de Manuel Valls.

>> A lire aussi : L’observatoire de la laïcité émet 11 propositions pour « renforcer la cohésion nationale »

Manuel Valls annonce « voir bientôt » Jean-Louis Bianco

Lundi soir lors d’un débat des Amis du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Manuel Valls attaque : « Je verrai bientôt Jean-Louis Bianco. L’Observatoire de la laïcité, placé d’ailleurs sous ma responsabilité - je lui rappellerai -, ça ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité ». Le Premier ministre en a profité pour critiquer la signature par l’Observatoire de la laïcité d’un appel, après les attentats du 13 novembre, « pour condamner le terrorisme » aux côtés d’organisations dont le locataire de Matigon considère qu’elles participent à un « climat nauséabond ». Il faisait une allusion à une tribune intitulée « Nous sommes unis » que Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène avaient signé avec 80 personnalités de divers horizons dont des militants réputés proches des Frères musulmans.

Parmi les détracteurs de l’ex-ministre Jean-Louis Bianco, figurent aussi trois membres frondeurs de l’observatoire, l’ancien ministre socialiste Jean Glavany, la sénatrice PRG Françoise Laborde et Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République. Ils accusent les dirigeants de l’observatoire de n’avoir « cessé de privilégier les accommodements irraisonnables et le repli communautariste », notamment face à l’islam. De leur côté, Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, et la grande majorité des membres de leur instance, affirment que la laïcité est là pour assurer la paix civile, en équilibrant neutralité de l’Etat et libre expression des cultes dans la société, sous réserve du respect de l’ordre public.

Soutiens au tandem Bianco-Cadène

Mardi, Jean-Louis Bianco a répondu directement à Manuel Valls : « je découvre avec stupeur les propos du Premier ministre », et déplore sa « méconnaissance » et son manque de « respect ».

Avec Nicolas Cadène, Jean-Louis Bianco a reçu le soutien de La Ligue des droits de l’Homme, de la Libre-pensée et de la Ligue de l’enseignement.

Pétition contre Jean-Louis Bianco

Mais le camp d’en face ne désarme pas. Le Parti radical de gauche a rappelé qu’il soutenait une pétition sur internet demandant la démission de Jean-Louis Bianco. Elle avait été signée mercredi par plus de 4000 personnes.