Hollande proclame sa «fidélité» à François Mitterrand, 20 ans après sa mort

COMMÉMORATION Le Président de la République s’est recueilli sur la tombe de son prédécesseur socialiste…

20 Minutes avec AFP

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Francois Hollande aux côtés des enfants de François Mitterrand, Gilbert Mitterrand et Mazarine Pingeot devant la tombe de l'ancien Président le 8 janvier 2016.
Francois Hollande aux côtés des enfants de François Mitterrand, Gilbert Mitterrand et Mazarine Pingeot devant la tombe de l'ancien Président le 8 janvier 2016. — AFP

Vingt ans jour pour jour après la mort de François Mitterrand, François Hollande s’est recueilli vendredi sur sa tombe à Jarnac (Charente), se disant « en fidélité active » vis-à-vis de l’ancien président, artisan de l’union de la gauche.

Premier chef de l’Etat en exercice à se rendre à Jarnac pour commémorer cette disparition, François Hollande a déposé une gerbe et observé une minute de silence devant le caveau familial, aux côtés de deux des trois enfants de l’ancien président, Gilbert Mitterrand et Mazarine Pingeot.

Quelques roses rouges et un drapeau européen avaient été déposés auparavant par des anonymes. Parmi les personnalités présentes : Jack Lang, Pierre Bergé, Elisabeth Guigou, Jean-Christophe Cambadélis, Hubert Védrine, et Frédéric Mitterrand. Puis le président, qui s’était offert à son arrivée un bain de foule parmi les Charentais malgré la pluie, a longuement visité la maison natale de François Mitterrand, à quelques centaines de mètres de là.

« En fidélité active »

Sur le livre d’or, François Hollande a inscrit ces quelques mots : « Fier de revenir ici comme président de la République pour rendre hommage à l’homme que j’ai suivi, au président que j’ai servi. Tout est continuité et tout est changement. » Avec cette formule inscrite plus bas : « En fidélité active ».

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Pour le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, « François Mitterrand, c’est à la fois la reconstruction du Parti socialiste et l’unité de l’ensemble des forces de gauche ». Une leçon pour 2017, l’a-t-on interrogé ? « Un enseignement et un chemin sans cesse à reconstruire, (…) la question de l’unité est une question essentielle ». A son côté, Pierre Bergé a lâché ces quelques mots : « Au moment où l’on peut se poser des questions sur la santé de la gauche, ça fait du bien de se retrouver ici, devant la tombe de François Mitterrand. »

Pour Hubert Védrine, « il y a de Gaulle, hors concours, et François Mitterrand, comme grand président ». L’ancien chef de la diplomatie du premier président socialiste de la Ve République retient « sa stratégie extrêmement audacieuse et finalement réussie d’union de la gauche ».

« Chamailleries mortifères »

La leçon pour la gauche d’aujourd’hui, selon Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy ? « Arrêtons les chamailleries mortifères. »

Dans la soirée à Paris, un dîner réunira autour de François Hollande de nombreuses personnalités, ministres et proches de celui qui présida la France pendant deux septennats, de 1981 à 1995.

Autour de la table : Laurent Fabius, Christiane Taubira, Najat Vallaud-Belkacem, Myriam El Khomri, Patrick Kanner mais aussi des figures de la « Mitterrandie » : Laure Adler, Robert Badinter, Dominique Bertinotti, Jean-Louis Bianco, Pierre Favier, Elisabeth Guigou, George Kiejman ou Louis Mermaz. La plupart des personnalités déjà présentes dans la matinée à Jarnac ont également été conviées.

Vingt ans après la mort de François Mitterrand, les passions qui avaient marqué ses deux mandats se sont apaisées, à en croire un sondage : deux Français sur trois (65 %) disent garder un bon souvenir des années Mitterrand. Ils sont presque autant (59 %) à estimer qu’il a été un bon président.

Dans sa jeunesse, François Hollande a été le collaborateur de François Mitterrand, chargé de mission pour l’économie à l’Elysée.

Frais émoulu de l’ENA et de HEC, il s’inscrivait alors plutôt dans le sillage de Jacques Delors. Si bien, expliquera Jack Lang, que les deux hommes, s’ils « ne se sont pas combattus, ne se sont pas séduits (et) n’ont pas établi de liens filiaux ».

Les deux seuls présidents de gauche de la Ve République ont également partagé un rêve commun, « changer la vie » pour le premier, et « réenchanter le rêve français » pour le second. Mais l’un comme l’autre se sont heurtés aux réalités économiques.

Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle de 2012, s’est d’ailleurs fendu vendredi d’un tweet rageur à l’égard d' « Hollande : 1 jour à Jarnac, 5 ans à j’arnaque ».

Parlementaire pendant trente-cinq ans, onze fois ministre sous la IVe République, président de la Ve durant 14 ans, François Mitterrand, bête noire de la droite et contesté sur sa gauche, avait laissé la place à Jacques Chirac, le 17 mai 1995.

Il était décédé sept mois plus tard, épuisé par un cancer de la prostate diagnostiqué en 1981, mais tenu secret pendant de longues années.