«L'autre commence à débloquer à plein pot»

POLITIQUE Extraits de «L'Aube, le soir ou la nuit», le livre de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy où piques et réflexions fusent...

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C'est un des livres les plus attendus de la rentrée, mais aussi le plus inattendu: un portrait subtil, rosse et affectueux de Nicolas Sarkozy par une star de la scène parisienne, Yasmina Reza qui, cahier en mains, a suivi sa campagne de A à Z.
C'est un des livres les plus attendus de la rentrée, mais aussi le plus inattendu: un portrait subtil, rosse et affectueux de Nicolas Sarkozy par une star de la scène parisienne, Yasmina Reza qui, cahier en mains, a suivi sa campagne de A à Z. — Philippe Wojazer AFP

Yasmina Reza a suivi Nicolas Sarkozy pendant toute la campagne, cela donne un livre, bientôt best-seller, «L'Aube, le soir ou la nuit». Morceaux choisis.

Sur lui-même:
«J'aime pas dépendre et j'aime pas qu'on dépende de moi»
«Je sais être solitaire dans les décisions. C'est tout.»
«Gagner, c'est plaire, mon métier c'est décider. J'étais beaucoup plus inquiet de ma capacité à plaire»

Sur Ségolène Royal:
«Est-ce qu'elle m'aide ? C'est pas sûr, c'est pas sûr que le fait d'être nulle soit forcément un handicap en France»
«L'autre commence à débloquer à plein pot»

Sur Michèle Alliot-Marie:
«Laissez-la faire son discours, qu'elle s'effrite»
Il glisse à Yasmina Reza qui vient de s'entretenir avec elle: «comme ça, tu as vu la différence»

Sur Henri Guaino, sa «plume»:

«Il est difficile mais il a du génie»
«J'aime les fêlés, ils me rassurent»

Sur certains diplomates:

«Il devient très important de se débarrasser du Quai d'Orsay»
«J'ai un mépris pour tous ces types, ce sont des lâches. Quand on est lâche, on ne réfléchit pas»

Sur la campagne:
«Dans l'élection présidentielle, celui qui gagne, c'est celui qui dévisse le dernier dans l'escalade de l'Himalaya»
«Le pire risque consiste à n'en prendre aucun»

Après la victoire: «je ne peux pas te dire que je suis malheureux... Me voilà enfin débarrassé de ce fardeau».

La Rolex

«Dans le salon de l’hôtel, avant le meeting de Charleville-Mézières, il prend Le Figaro qui est sur mes genoux, visiblement attiré par un article. En une, il y a le revers électoral d’Ahmadinejad, et divers sous-titres dont son propre déplacement. En bas de page, à droite, une publicité. Après quelques secondes d’attention, il dit, elle est belle, la Rolex.»

Arlette Chabot

«–Entre, Arlette, viens, viens!
Pendant un court instant, je crois qu'il invite Arlette Chabot à venir s'asseoir sur ses genoux. Le croit-elle aussi? Elle parvient miraculeusement à s'immiscer entre lui et Jeanne-Marie, la plus jeune fille de Cécilia. Ils sont curieusement collés et elle s'efforce de rester droite.
–Dis-donc toi, lui dit-il, si tu souris pas après une émission pareille, quand est-ce que tu souris?»

Maubeuge

«–L'amour, c'est la seule chose qui compte.
–Je ne crois pas. Si on t'enlevait ta vie sociale, tu dépérirais.
–Si on m'enlevait ma famille, encore plus.
–Si on te mettait avec Cécilia et les enfants à Maubeuge, tu te jetterais dans la rivière.
–Je deviendrais le roi de Maubeuge en deux ans!»

L’amour

«Quelle potion lénifiante Nicolas Sarkozy et Henri Guaino ont-ils avalée pour écrire cinquante-trois fois le mot "amour" dans un discours d'à peine trente pages? Pour écrire "La jeunesse c'est la promesse des commencements, des soleils qui se lèvent sur les mondes endormis"? Quel état d'immense fatigue a pu les conduire à "ce formidable besoin d'amour qui doit faire marcher le monde"?»