Régionales: Les jeunes électeurs préfèrent le FN… depuis les années 2000

ELECTIONS La préférence frontiste des jeunes électeurs aux régionales n’est pas une grande première...

Anne-Laëtitia Béraud

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Des militants FN au meeting de Marion Maréchal-Le Pen le 1er décembre 2015 à Toulon.
Des militants FN au meeting de Marion Maréchal-Le Pen le 1er décembre 2015 à Toulon. — Claude Paris/AP/SIPA

« La jeunesse emmerde le Front national ». La célèbre chanson des Bérurier noir ne semble plus d’actualité. Dimanche, au premier tour des régionales, moins de 4 jeunes sur 10 âgés de 18 à 30 ans sont allés voter, révèle une enquête de Harris Interactive pour 20 Minutes. Et parmi ces votants, 34 % choisissent le FN. Un score largement supérieur à la moyenne nationale, comptabilisée à 28 % par le ministère de l’Intérieur. Chez les jeunes, les partis de gouvernement arrivent loin derrière : le Parti socialiste et ses alliés obtiennent 22 % des voix, quand la droite alliée au centre recueille 19 %.

La bascule se fait en 2002
Entre les jeunes et le Front national, l’attrait n’est pourtant pas si récent. « Il y a une amnésie de nombre commentateurs et médias. A chaque élection, on semble redécouvrir ce vote FN des jeunes », sourit Jean-Daniel Lévy, directeur du département « Politique et Opinion » d’Harris Interactive. Le sondeur rappelle que « c’est à partir de la présidentielle de 2002 que l’on remarque une évolution nette des jeunes électeurs en faveur du FN. Depuis cette date, on observe une dynamique continue de ce vote frontiste des jeunes, en cohérence avec la moyenne nationale », observe-t-il. « Même si en 2007, cet électorat a été capté par Nicolas Sarkozy à la présidentielle », précise-t-il.

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Les années 2000, et plus précisément l’échec à la présidentielle de 2007, obligent le parti d’extrême droite à évoluer. Pour le démographe et historien Hervé Le Bras, auteur du Pari du FN, « la fin des années 2000 sont des années de transitions. Les dossiers sociaux, portés notamment par [l’ex-dissident] Bruno Mégret, sont mis en avant ». Le changement est complété avec l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du FN, en 2011. « En faisant venir Florian Philippot, la nouvelle présidente du FN opère ce qu’elle définit comme la « dédiabolisation » du mouvement.

Les termes évoluent, se lissent, quittent à devenir banals », détaille l’historien. La mutation du FN, du moins dans sa communication, séduit un plus large électorat d’actifs sans diplômes, confrontés aux difficultés économiques. Des votants « qui se sentent écoutés et entendus par les frontistes, à la différence de la classe politique traditionnelle », précise Jean-Daniel Lévy. Et les jeunes d’aujourd’hui devenant les personnes âgées de demain, « le vote FN est appelé à durer », explique Hervé Le Bras. Entre une partie de la jeunesse et le Front national, le temps n’est donc plus à la chanson punk, mais au tango.