Election après élection, l'extrême gauche poursuit sa dégringolade

REGIONALES Les formations à la gauche de la gauche ont réalisé des scores rarement supérieurs à 5 % au premier tour des régionales...

Victor Point

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Pierre Laurent, président du Parti de gauche, malgré son score honorable en Ile-de-France, n'a pas pu empêcher la déroute des formations d'extrême gauche aux régionales.
Pierre Laurent, président du Parti de gauche, malgré son score honorable en Ile-de-France, n'a pas pu empêcher la déroute des formations d'extrême gauche aux régionales. — SIPA

Dimanche, le Front national a affirmé sa place de première force politique de France, au coude à coude avec Les Républicains. Mais si les suffrages ont été favorables à l’extrême droite, le premier tour des régionales a été particulièrement cruel pour les partis d’extrême gauche. Alors que le PS parvient à limiter la casse et pourrait même conserver 6 régions métropolitaines sur 13, le Front de gauche (Parti de gauche et PCF) et affiliés perdent nettement du terrain par rapport à 2010.

Au niveau national, les listes uniquement Front de gauche plafonnent à 2,49 %. Si l’on prend en compte les listes d’alliance (avec d’autres formations d’extrême gauche ou EELV), elles arrivent tout juste à dépasser les 4 %. Soit un recul de 1,7 point par rapport à 2010. Proportionnellement, le Front de gauche a donc perdu près de 30 % de ses électeurs en cinq ans.

Régionales 2015: Résultats du premier tour
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Les raisons sont multiples. Tout d’abord, la gauche est au pouvoir. Bien plus à l’aise dans l’opposition, l’extrême gauche pâtit du soutien affiché à François Hollande en 2012, et ne parvient pas à retrouver la dynamique qui avait porté Jean-Luc Mélenchon à plus de 11 % au premier tour de la présidentielle. Par ailleurs, la montée du vote FN et la mauvaise santé du PS dans les sondages ont considérablement desservi les partis à la gauche de la gauche, victimes du vote utile. Plus question de revivre le traumatisme de 2002 pour les non abstentionnistes.

Enfin, et surtout, les formations d’extrême gauche sont parties en ordre dispersé pour ces élections. En France métropolitaine, seules trois régions (Corse, Paca et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées) ne proposaient qu’une liste à la gauche de la gauche… sans compter les deux listes écologistes qui se sont présentées à chaque fois en Paca et en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.

Plus qu’un million d’électeurs

Jean-Luc Mélenchon, qui s’est peu impliqué dans ces élections, va s’exprimer mercredi matin sur France Info, et donner son avis sur d’éventuelles consignes de vote. En attendant, il déclare simplement sur son blog partager « la douleur et la stupeur de nombre d’entre vous. Mais aussi la colère à l’égard de tous ceux qui nous ont entraînés dans cette impasse. » Les défaites s’enchaînent ainsi depuis 2012, qui pourraient se résumer ainsi : entre la présidentielle de 2012 et les régionales de 2015, le Front de gauche a perdu près de 3 millions d’électeurs sur 4 millions. Lors de ce premier tour, le meilleur score de l’extrême gauche se trouve en Normandie, où la liste dépasse péniblement les 7 %. Ainsi, l’extrême gauche n’est en mesure de se maintenir dans aucune région française.

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D’autres exemples de cette déroute : en Bretagne, les deux listes d'extrême gauche et la liste Front de gauche comptabilisent à elles trois un peu moins de 6 %. En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, les communistes franchissent tout juste les 5 %. Là aussi, une autre liste d’extrême gauche se présentait, qui a rassemblé 1,75 % des voix, tandis qu’une liste d’union EELV et PG a fait 5,38 %. En Ile-de-France, bonne surprise : le Front de gauche parvient à… 6,63 %. Tandis que Lutte ouvrière amasse 1,40 % des voix.

Justement, Pierre Laurent, tête de liste Front de gauche (dont il est le président) en Ile-de-France, n’y est pas allé par quatre chemins dimanche soir. « Les résultats sont très mauvais, a-t-il déclaré. Le score du FN est très inquiétant pour l’avenir du pays. » Pour le second tour, il a donc décidé de faire liste commune avec Claude Bartolone (PS) et Emmanuelle Cosse (EELV).

 

Cette même fusion a lieu en Rhône-Alpes-Auvergne. En Centre Val-de-Loire, la liste Front de gauche a appelé à voter pour le PS. En position de faiblesse et attachées à l’idée de faire barrage à la droite et à l’extrême droite, tout en espérant bien obtenir, quand c’est possible, des postes clés, les formations d’extrême gauche sont aujourd’hui contraintes à l’assimilation. Ou à la disparition.