Après les attentats, 77% des Français veulent un gouvernement d'union nationale

SONDAGE Selon sondage Harris Interactive pour le Forum pour la Gestion des Villes, une majorité de Français pensent qu'un gouvernement d'union nationale serait «une bonne chose»...

L.C.

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Un drapeau tricolore flotte devant le restaurant parisien Le Petit Cambodge, l'un des 6 lieux visés par les attaques terroristes du 13 novembre 2015, revendiquées par Daesh.
Un drapeau tricolore flotte devant le restaurant parisien Le Petit Cambodge, l'un des 6 lieux visés par les attaques terroristes du 13 novembre 2015, revendiquées par Daesh. — Laurent Cipriani/AP/SIPA

Après les attentats qui ont frappé Paris et Saint-Denis le 13 novembre dernier, les Français plébiscitent « l’union nationale ». Selon un sondage* Harris interactive publié en exclusivité ce lundi par 20 Minutes, ils sont 77 % à être favorables à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. La classe politique est nettement plus réticente.

La sécurité et la lutte antiterrorisme au cœur des préoccupations

Comme en 2013, dans un contexte de crise du chômage, ou en janvier dernier après les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, une majorité de Français veut un gouvernement d’union nationale. Plus de sept personnes sur dix estiment que cela serait « une bonne chose ». Parmi les sondés, 25 % souhaitent qu’il réunisse, autour du Parti socialiste (PS), les sept formations politiques proposées par le sondage (Front de Gauche, Europe-Ecologie Les Verts, MoDem, UDI, Les Républicains, Debout la France, Front National), 87 % veulent qu’il intègre la droite ou le centre. Si 46 % des sondés estiment qu’il doit être ouvert au parti de Marine Le Pen, ils sont 28 % à juger que le le Front national (FN) et le front de gauche doivent en être exclus.

Pour plus de 2 Français sur 3 (68 %), un gouvernement d’union nationale permettrait de mieux assurer la sécurité et la lutte antiterrorisme. Mais plus de la moitié des sondés (58 %) craint un risque « d’immobilisme lié au manque d’accord entre les acteurs politiques concernés ».

La classe politique très réticente

L’union nationale, leitmotiv de la majorité depuis les attaques terroristes du 13 novembre, peut-elle déboucher sur un gouvernement trans-partis ? « Face au terrorisme, il n’y a plus de clivage partisan qui tienne », a déclaré mercredi le président François Hollande, après l’assaut à Saint-Denis. Pour autant, la formation d’un gouvernement d’union nationale n’est pas envisageable car « les Républicains et le Front national ne sont pas dans un état d’esprit d’unité », reproche-t-on dans l’entourage du premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis. Des cadres du FN blâment en effet la majorité pour sa responsabilité dans les attentats.

 

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Chez Les Républicains, si quelques élus sont tentés de rallier l’union nationale, les cadres balaient cette éventualité « utopique ». « Personne ne tomberait d’accord et les extrêmes en seraient renforcés, ce serait une catastrophe », justifie Sébastien Huyghe. Le porte-parole du parti Les Républicains admet que la droite et la gauche peuvent être d’accord sur des mesures sécuritaires, avant d’accuser François Hollande de « reprendre à son compte les propositions faites par la droite en janvier 2015 ». Impossible de former un gouvernement avec des adversaires « qui font de la politique politicienne dans un tel contexte et qui ont déjà repris leur campagne pour les régionales », riposte-t-on au PS. 

 

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L’agenda électoral en ligne de mire

Ces frilosités aboutissent à un « désaccoupplement entre l’élite politique et la base électorale », observe Olivier Régis, coprésident du Forum pour la Gestion des Villes, qui a commandé ce sondage.

Les réticences des acteurs politiques ne sont guère surprenantes, selon l’historien Jean Garrigues. « Il y a en France une culture de l’affrontement politique. De plus, les institutions de la Ve République favorisent l’affrontement bipolaire et l’alternance, mais ne permettent pas de former un gouvernement de coalition comme en Allemagne. Ce sondage ainsi que la forte abstention et le vote protestataire du FN montrent que les Français rejettent ce système », affirme-t-il. Mais les partis ne sont pas près de sonner la trêve, à deux semaines du premier tour des élections régionales, « sans compter que 2017 est déjà dans les esprits », poursuit-il, n’excluant pas « un tournant » en fonction des résultats aux régionales.

 

* L’opinion des Français à l’égard d’un éventuel « gouvernement d’union nationale », étude Harris Interactive pour Le Forum pour la Gestion des Villes et des Collectivités territoriales. Enquête réalisée en ligne les 19 et 20 novembre 2015 sur un échantillon de 1.360 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas et du redressement.