VIDEO. Marine Le Pen accuse France Inter d'être «un tribunal» après un fact-checking

POLITIQUE Accusant France Inter d'être «un tribunal», La présidente du FN Marine Le Pen a quitté le plateau de France Inter après une vérification de ses propos erronés…

Anne-Laëtitia Béraud

— 

Marine Le Pen, présidente du FN, le 18 novembre 2015 au Salon Milipol de Villepinte.
Marine Le Pen, présidente du FN, le 18 novembre 2015 au Salon Milipol de Villepinte. — WITT/SIPA

Marine Le Pen semble ne pas avoir digéré un « fact checking », soit la vérification de ses propos. La présidente du Front national, qui était en direct ce jeudi matin à France Inter, a accusé la radio d’être « un tribunal » après que son discours a été vérifié en direct par des journalistes. Furieuse, la frontiste serait d’ailleurs partie du plateau avant la fin de l’émission, ce que dément son entourage.

Au cours de cette émission particulièrement tendue, Marine Le Pen évoque tout d’abord Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. « Bernard Cazeneuve explique que prôner le djihad n’est pas un délit. […] C’est un propos qu’il a tenu, je crois, alors je vous le dis de mémoire, en 2014 sur RTL », explique-t-elle.

Propos de Bernard Cazeneuve

Le journaliste Patrick Cohen lui rétorque que cette phrase n’a pas été prononcée par le ministre. « Je crois qu’il s’agissait de l’interdiction d’un livre que faisait l’exégèse du Coran qui faisait l’apologie du djihad. Bernard Cazeneuve n’a jamais dit qu’il fallait prôner le djihad ».

En effet, Bernard Cazeneuve n’a pas prononcé cette phrase. En juillet 2014, interpellé sur un livre parlant du Coran, les services du ministère de l’Intérieur avaient expliqué que « prôner le djihad n’est pas un délit », comme le rapportait Metronews. « On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible. » Le ministère faisait ainsi référence à la législation française.

Ensuite, le journaliste revient sur une déclaration de Marine Le Pen, prononcée mardi sur le plateau du 20h de France 2. Selon la présidente du FN, Christiane Taubira aurait dit qu’il fallait « comprendre les jeunes qui partent en Syrie ».

La déclaration est démentie par le journaliste et l’interview de Christiane Taubira visée par Marine Le Pen est diffusée en direct. Juste avant que les propos soient diffusés, Marine Le Pen accuse l’émission d’être « un tribunal ».

Dans cet extrait, Christiane Taubira ne dit pas : « Il faut comprendre les jeunes qui partent faire le djihad ». Christiane Taubira dit qu’il faut comprendre les « ressorts profonds » pour lesquels ces jeunes partent vers ce « choix sordide, funeste », pour mieux les combattre par une panoplie de mesures.

« D’abord il faut s’interroger sur les raisons pour lesquelles, quels sont les ressorts profonds qui font que des jeunes soient réceptifs à ce discours de destruction, de dévastation, de mort tout simplement », dit la ministre dans cette interview. « Il nous faut comprendre cela. Et c’est pour cela que le Premier ministre a dit qu’il faut interroger tous ces ressorts et apporter des réponses qui soient évidemment des réponses de sécurité (…) de justice, d’éducation (…) d’urbanisation, (…) de politique de la ville, (…) de culture, (…) d’accompagnement à l’emploi », ajoute-t-elle.

>> La Garde des Sceaux Christiane Taubira (à partir de 5’10) sur I-Télé, interviewée par Laurence Haïm en février 2015

Marine Le Pen n’a pas assisté à la dernière séquence de l’émission, durant laquelle le chroniqueur culturel pose une question à l’interviewé.

Après l’émission, Marine Le Pen a posté sur Twitter un lien vers un article d’iTélé alors titré « Taubira : "Il faut comprendre le jeune qui part en Syrie" ». Un titre corrigé ce jeudi par la rédaction de la chaîne en évoquant une « erreur de verbatim » des propos de la ministre Christiane Taubira. La modification est décriée par nombre de frontistes sur le réseau, accusant la chaîne d’aider France Inter.