Attentats à Paris: François Hollande tente de préserver la fragile «unité nationale»

POLITIQUE Le chef de l'Etat recevait les chefs de parti ce dimanche, alors que les critiques contre l'exécutif fusent depuis samedi...

Thibaut Le Gal
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François Hollande accueille Nicolas Sarkozy à l'Elysée, le 15/11/2015.
François Hollande accueille Nicolas Sarkozy à l'Elysée, le 15/11/2015. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

L’« union nationale » déjà fragilisée. Vendredi, la classe politique suspendait la campagne des régionales. Mais quelques heures après les attaques terroristes, la joute politique reprenait ses droits. Au Front national, Gilbert Collard appelait Marine Le Pen au pouvoir, accusant le gouvernement et le chef de l’Etat d’être « des traîtres » à la nation. Le député Bleu Marine demandait leur démission, quand Louis Alliot qualifiait Manuel Valls d’« irresponsable ».

« Une forme d’indécence absolue »

Chez Les Républicains, certains appelaient à plus de fermeté et accusaient la politique étrangère de l'exécutif. Laurent Wauquiez demandait ainsi « le placement dans des centres d’internement des 4.000 personnes fichées pour terrorisme ».

 

« Il y a une forme d’indécence absolue à commencer à tirer bénéfice d’événements si dramatiques, alors que certains sont encore blessés, entre la vie et la mort, et que les victimes n’ont toujours pas été enterrées », se désole Olivier Faure. Le député socialiste de Paris dénonce « la démagogie folle et inouïe de Laurent Wauquiez, Nadine Morano, et Gilbert Collard », et demande aux responsables politiques « une réaction humaine de concorde nationale, et non une réaction politicarde ».

« L’unité nationale n’est pas l’interdiction de penser »

Dans sa volonté de rassemblement, François Hollande recevait ce dimanche les responsables de parti, et les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. « La réception des chefs politiques par François Hollande et la réunion du Congrès lundi tendent à fixer ce moment d’unité nationale, réflexe républicain instituant habituellement une sorte de trêve politique », relève l’historien Jean Garrigue.

Le vernis de l’unité continuait pourtant de s’écailler. A sa sortie de l’Elysée, Nicolas Sarkozy réclamait des « modifications drastiques » de la politique de sécurité et au plan européen « une nouvelle politique d’immigration.

« Pendant la période de deuil, il faut l’unité nationale, mais l’opposition a le droit de donner son opinion », affirme Bernard Debré. « C’est quand même incroyable ! Oui la droite va aller au Congrès, oui elle respecte le deuil mais il ne faut pas dire à Wauquiez, Juppé ou Fillon, taisez-vous ! L’unité nationale n’est pas l’interdiction de penser », s’agace le député LR de Paris.

Des critiques qui tranchent avec janvier dernier

« En soulignant les failles de sécurité, Nicolas Sarkozy n’a fait qu’un constat. S’il n’y avait pas eu de failles, il n’y aurait pas eu 129 morts », poursuit Sébastien Huyghe. Le porte-parole LR regrette d’ailleurs que « les propositions faites par Nicolas Sarkozy en termes de sécurité soient restées lettres mortes ».

Ces déclarations tranchent avec la quasi-unanimité de la classe politique ayant prévalu après les attentats de janvier. Esprit Charlie, es-tu encore là ? « Le climat est ici très différent. Les différentes critiques contre le gouvernement montrent des ruptures dans l’unité nationale. Peut-être que la classe politique a pris l’habitude de ces traumatismes collectifs, qu’il y a une sorte de banalisation du terrorisme », analyse Jean Garrigue. Autre raison avancée par l’historien, la proximité des régionales. « En période électorale, il y a nécessité de se positionner pour marquer ses différences ».