Elections régionales: Quand les citoyens du Nord disent «non» au Front national

BUZZ Affiches, blogs, tribune : des initiatives se multiplient pour exprimer le refus du Front national en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie…

Coline Clavaud-Mégevand

— 

Un visuel issu du Facebook "Alcooliques, chômeurs, consanguins mais pas lepenistes".
Un visuel issu du Facebook "Alcooliques, chômeurs, consanguins mais pas lepenistes". — Capture d'écran FB

« No pasaran. » C’est le message adressé à Marine Le Pen, tête de liste aux régionales, par des citoyens de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Tribune, stickers, comptes Twitter… Tous les moyens sont bons pour faire barrage à l’extrême droite, donnée gagnante par certains sondages.

« Alcooliques, chômeurs… mais pas lepénistes »

Une page Facebook fait le buzz depuis quelques jours. Son nom : « Alcooliques, chômeurs, consanguins mais pas lepénistes », en référence à une banderole brandie lors d’un match du PSG contre Lens en 2008. Derrière ce projet au nom provocant, on trouve « Les Chicons en colère », un groupe d’anonymes aux profils variés. Selon une de ses membres, jouer sur les poncifs négatifs à propos du Nord n’est pas gratuit : « Le message, c’est qu’on a déjà beaucoup souffert de ces clichés, on ne veut pas [du FN] en plus », explique-t-elle.

Si au départ, le projet a consisté à « boire des bières et à raconter des bêtises », il a peu à peu pris de l’ampleur. La page, créée il y un mois, compte aujourd’hui plus de 9.000 fans. Une cagnotte Leetchi a même été lancée, « pour faire imprimer des stickers » pour la communauté. Quant aux visuels du Tumblr du groupe, ils sont repris par des médias comme Buzzfeed ou Libération, qui s’amusent du fait que les pires préjugés y sont repris – sans aucune limite.

La peur du Front 

Les clichés sur la région Nord-Picardie, c’est aussi la marotte de Bruno Bonduelle. Pour l’ancien patron de l’empire du même nom, « On la voit comme une région pauvre, triste, on ne retient que le chômage… » Au sujet d’une victoire FN, lui aussi l’affirme : « On n’a pas besoin de ça en plus. » Ses craintes sont tournées vers les investisseurs étrangers, dont la vision de la région se trouverait abîmée par « le buzz européen » que susciterait « à coup sûr » l’élection de Marine Le Pen à sa tête. Dans les jours à venir, il sonnera donc l’alarme, en signant une tribune intitulée « No pasaran » dans une revue régionale.

>> A lire aussi : Une figure du patronat nordiste s’inquiète de la victoire possible du FN

L’inquiétude commune de ces acteurs en lutte contre le FN ? L’absence de mobilisation. Celle des citoyens, d’abord : « C’est le calme plat », affirme Bruno Bonduelle, qui « n’en veut pas » pour autant aux électeurs du FN, « des artisans, des patrons de PME excédés ». Chez les Chicons, si on note quand même un sursaut collectif, on estime par contre qu’aucun parti n’arrive à rassembler sur ce thème. « On a créé un mouvement qui fédère les gens qui se sentent abandonnés par les politiques, mais qui se disent " Surtout pas Le Pen ! " » confie la militante.

Capture d’écran du Tumblr « Pas dans ma région ».

« Chatons, ça rime avec de Saintignon »

La section régionale du MJS s’est pourtant saisie du sujet, en jouant elle aussi la carte virale avec un montage mélangeant la figure de Dark Vador à celle de la présidente frontiste. Loïc Duhanez, des Jeunes Socialistes, a également créé un Twitter pas banal : « Les chatons avec Pierre de Saintignon. » S’il affirme « ne pas transiger sur le sérieux de la campagne », il y voit un moyen de faire entendre un PS « qui peine à se faire une place sur la scène médiatique ». « On clique plus facilement sur les contenus avec des chatons. Et puis « chaton », ça rime avec De Saintignon », s’amuse celui qui croit en la force de l’humour contre « la haine dramatique » des candidats Xavier Bertrand et Marine Le Pen.

Si la spontanéité de ses initiatives séduit, le fond, lui, reste donc éminemment sérieux. La porte-parole des Chicons confirme : « On aime la fête, notre patrimoine mais aussi le mélange. Et on aime notre région. » Ce qu’elle veut avant tout : que ses concitoyens aillent voter. Sinon, ajoute-t-elle, « ils vont se rendre compte que ce ne sont pas les autres partis qui vont perdre, mais eux ».