Poser en victime de la justice, une stratégie efficace pour Nicolas Sarkozy?

POLITIQUE Nicolas Sarkozy, dont le portable a été géolocalisé par la justice en marge de l’affaire « Air Cocaïne », se dit victime d’un acharnement politique et judiciaire. Avec quels résultats ?….

Anne-Laëtitia Béraud

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Nicolas Sarkozy, président du parti Les Républicains, le 21 octobre 2015 au parc des Princes à Paris.
Nicolas Sarkozy, président du parti Les Républicains, le 21 octobre 2015 au parc des Princes à Paris. — JEFFROY GUY/SIPA

Nicolas Sarkozy se décrit en victime d’une machination politico-judiciaire. Alors qu’un de ses portables a été géolocalisé par la justice en marge en marge de l’affaire dite « Air Cocaïne », l’ancien chef de l’Etat veut savoir, dans un entretien au Parisien/Aujourd’hui en France publié mardi, « au nom de quoi » il subit cette procédure. S’interrogeant sur ce « traitement », le président du parti Les Républicains s’indigne que lui-même et son entourage soient écoutés, insistant : « Je n’ai pas plus de droits que les autres, mais je n’en ai pas moins non plus ». En se déclarant victime de la justice et du pouvoir, Nicolas Sarkozy peut-il rallier l’opinion à lui ? 20 Minutes a posé la question à un politologue et un sondeur…

Une stratégie à « double tranchant »

« Sur la forme, Nicolas Sarkozy utilise le procédé de la généralisation », note tout d’abord le politologue Thomas Guénolé. « Avec cette interview, il explique être au centre d’une conspiration judiciaire où tous les juges, dans leur ensemble, font tout pour l’abattre ». Cette prise de parole s’adresse et vise à conforter son électorat en le présentant comme opposant numéro 1 du pouvoir, dans l’optique de la primaire puis de la présidentielle.

Mais « si certaines procédures judiciaires à l’encontre de Nicolas Sarkozy peuvent être effectivement abusives, cela ne veut pas dire que l’on n’a rien à se reprocher », précise Thomas Guénolé, qui évoque « la bombe Bygmalion ». Cette stratégie de victimisation adoptée par Nicolas Sarkozy est par ailleurs « à double tranchant ». « Apparaître une nouvelle fois dans l’actualité judiciaire peut lasser et porter préjudice à Nicolas Sarkozy », estime Thomas Guénolé.

Ses protestations n’influent pas sur son image

Les protestations de Nicolas Sarkozy à l’égard de la justice ou du pouvoir ne vont pas modifier son image auprès des Français, estime de son côté Erwan Lestrohan, directeur d’études à l’institut BVA. « Nicolas Sarkozy a une image très construite auprès des Français qui le connaissent bien depuis son passage au ministère de l’Intérieur ».

Ces derniers événements, ponctuels, ne peuvent perturber cette « image très construite, mais aussi clivante », explique le sondeur. « Hors de sa base partisane, qui est toujours large et lui assure une présence au premier tour d’une élection présidentielle, il y a une grande défiance à son égard dans le reste de la population », ajoute-t-il. L’image de l’ancien chef de l’Etat ne devrait donc pas être bouleversée par cette dernière polémique.