Vote du budget 2016: Pourquoi la fronde socialiste s’essouffle

POLITIQUE Seuls 18 «frondeurs» PS se sont abstenus mardi contre 39 en octobre 2014...

Thibaut Le Gal

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Laurent Baumel, mai 2015.
Laurent Baumel, mai 2015. — JDD/SIPA

Le vent de fronde est-il retombé ? L’Assemblée nationale a adopté mardi la première partie du budget de l’Etat. Le vote a été obtenu avec une majorité légèrement plus large que l’année précédente et une fronde réduite de moitié. 18 « frondeurs » PS se sont abstenus mardi contre 39 en octobre 2014. 20 Minutes dresse 4 raisons de l’affaiblissement du mouvement avec l’historien Jean Garrigues.

 

L’échec du Congrès

Les frondeurs attendaient avec impatience le test du Congrès de Poitiers pour tester leur popularité auprès des militants. Mais en juillet dernier, l’aile gauche du parti s’est heurtée à la réalité du vote : la mention B portée par Christian Paul a échoué à obtenir la majorité, terminant à 30 %, derrière celle de Jean-Christophe Cambadélis à 60 %. « Il faut tourner la page de ce que les médias ont appelé la "fronde parlementaire" », reconnaissait à l’époque Christian Paul.

« L’élément important a été le ralliement de Martine Aubry à la ligne Cambadélis, après avoir pourtant semblé donner caution aux frondeurs. Perdre cet appui a été une désillusion pour beaucoup de députés », analyse Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Orléans. « Certains frondeurs ont été déçus de voir que leur mouvement ne s’appuyait pas sur des personnalités fédératrices, et que leurs leaders ne pouvaient élargir leur alliance en dehors de leur base ».

Un climat « apaisé »

« On a eu l’impression qu’il y a eu une prise en compte idéologique et politique de ce que représentait la position des frondeurs dans le discours de François Hollande », poursuit Jean Garrigues, qui concède toutefois que cette parole « ne s’est pas traduite par des concessions majeures de la part du gouvernement ». Les baisses d’impôt de plus de 2 milliards d’euros pour 8 millions de foyers fiscaux ont pu satisfaire certains députés de l’aile gauche du parti. « N’oublions pas également un phénomène politique difficile à mesurer : la capacité du président à aller débaucher un par un les parlementaires hostiles ».

L’unité des Régionales

« Dans la mesure où le PS par la voix du Premier secrétaire a organisé un référendum incitant les électeurs de gauche à l’alliance, il aurait été malvenu qu’au sein même du parti, il n’y ait pas de ligne unie. Je pense qu’il y a un effort de part et d’autre pour donner une image d’homogénéité le temps des élections », précise l’historien.

La menace de sanction

Au début du mois, Bruno Le Roux avait laissé entendre que le parti pourrait priver d’investiture les députés récalcitrants pour les élections législatives de 2017. « La force d’un parti est d’avoir une capacité de rétorsion sur ses élus, précisément en ce qui concerne les investitures », relève Jean Garrigues. « Vu le contexte, le champ des circonscriptions gagnables va se rétrécir, et le choix des investitures sera alors crucial ».