«Du présidentialisme pépère au présidentialisme agité»

Propos recueillis par Guillaume Guichard

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A la veille de la présentation officielle du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Vème République, Olivier Duhamel, constitutionnaliste à Sciences Po' Paris et membre de ce Comité, réagit aux orientations données par le président Nicolas Sarkozy lors du discours d'Epinal du 12 juillet dernier.

Allons-nous vers une présidentialisation du régime?

Il n'y a présidentialisation que relative. Sarkozy agit plus que ses prédécesseurs, et ne cache pas qu'il agit. Nous passons du présidentialisme hypocrite au présidentialisme assumé, et du présidentialisme pépère au présidentialisme agité. Voilà pour ce qui est.

Quant à ce qui sera, que le Président s'exprime devant le Parlement n'accentue pas en soi le présidentialisme, au contraire: il vient un peu rendre compte, il prend la représentation parlementaire en considération. Petit progrès, mais qui ne règle en rien la question de la responsabilité politique du Président.

Le Président Sarkozy souhaite revaloriser le rôle du Parlement (nominations, ordre du jour) et créer un statut de l'opposition. Que pensez-vous des pistes qu'il a évoqué?

Que ces pistes reprennent ce qui est proposé de longue date, à gauche, au centre, et par nombre d'universitaires. Et qu'elles ne sauraient suffire, il faut passer au non-cumul des mandats pour avoir de vrais députés.

L'indépendance de la justice serait-elle assurée si le Président abandonne la présidence du CSM (Conseil supérieur de la magistrature)?


Cette présidence n'est que symbolique. Son abandon ne serait que symbolique. Les symboles comptent, mais ne suffisent pas.