Bygmalion: Selon Lavrilleux, les comptes de campagne de Sarkozy «ont débordé de tous les côtés»

POLITIQUE L'ex-directeur de cabinet de Jean-François Copé accuse Nicolas Sarkozy de « se défausser » et de ne pas « assumer »…

20 Minutes avec AFP

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L'eurodéputé français Jérôme Lavrilleux le 20 mai 2015 au Parlement européen de Strasbourg
L'eurodéputé français Jérôme Lavrilleux le 20 mai 2015 au Parlement européen de Strasbourg — FREDERICK FLORIN AFP

Son nom est devenu synonyme de scandale, et il n'est toujours pas décidé à se taire. Jérôme Lavrilleux s'est confié dans un entretien à L’Obs à paraître jeudi. Acteur clé de l’affaire Bygmalion et ex-directeur de cabinet de Jean-François Copé, il accuse Nicolas Sarkozy de « se défausser » et de ne pas « assumer » ses responsabilités dans ce système de fausses factures durant sa campagne présidentielle de 2012.

« Je vais vous dire quelque chose que je n’ai jamais dit, et dont j’ai la certitude, conforté par la lecture du dossier aujourd’hui : les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont dérapé, et pas seulement le budget consacré aux meetings. Il ne faudrait plus appeler cette affaire " Bygmalion ", mais celle des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy », déclare le député européen.

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« Les comptes ont débordé de tous les côtés. Il n’y a que Nicolas Sarkozy pour dire dans sa déposition que cette affaire ne concerne pas sa campagne… C’est un système de défense voué à un échec total. Il adopte le même dans toutes les affaires où il est entendu : " C’est pas moi, c’est l’autre. " Dans Bygmalion, il dit " c’est pas moi, c’est Copé ". Il se défausse, il vit dans un monde irréel et ne sait pas assumer. Les grands chefs sont pourtant ceux qui assument. L’ingratitude est la marque des faibles », assène Jérôme Lavrilleux, mis en examen dans cette affaire.

« Nicolas Sarkozy ment », accuse-t-il encore en réponse aux affirmations de l’ancien chef de l’Etat pour qui Lavrilleux était bel et bien au courant de l’état financier de sa campagne présidentielle.

Lors de son audition début septembre par la police, Nicolas Sarkozy a reconnu l’existence d’un système de fausses factures mais à d’autres fins, entre l’UMP alors dirigée par Jean-François Copé et Bygmalion, la société de ses proches. Des accusations qui ont rendu furieux le camp Copé et fortement tendu les relations Sarkozy-Copé ces dernières semaines.

Une longue confrontation vendredi

Cinq figures de l’affaire Bygmalion se sont retrouvées chez les juges d’instruction vendredi pour une longue confrontation, la plus importante depuis le début de cette enquête.

Parmi les cinq mis en examen arrivés au pôle financier dans la matinée, Franck Attal, le patron d’Event and Cie, filiale de Bygmalion et société prestataire des meetings, et Jérôme Lavrilleux, qui avaient révélé ce système frauduleux au printemps 2014.

Etaient également présents le directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy, Guillaume Lambert, l’ancien directeur général de l’UMP, Eric Cesari, et l’ancienne directrice des ressources du parti, Fabienne Liadze, qui nient avoir participé à une fraude.

Lavrilleux a « parfois peur » de finir « comme Robert Boulin »

Les enquêteurs ont la conviction que des fausses factures ont permis d’imputer à l’UMP environ 18,5 millions d’euros de dépenses de meetings qui auraient dû figurer dans le budget de campagne du candidat. But de cette « ventilation », dissimuler une explosion du plafond légal des dépenses (22,5 millions d'euros).

« L’erreur majeure de Nicolas Sarkozy », poursuit Jérôme Lavrilleux, « est d’avoir pris pour mener sa campagne des gens qui le traitaient en fait comme un président de la République, dont les désirs étaient des ordres ».

S’il se dit personnellement « serein et confiant », il lui arrive « d’avoir peur ». « Je n’ai pas envie d’apprendre à nager dans 20 centimètres d’eau comme Robert Boulin. J’ai dit à mes proches que si un jour j’avais un accident de voiture, il faudrait faire une expertise. C’était de l’humour noir… quoique », lâche-t-il.

Lavrilleux assure voir « une ou deux fois par mois », pour « une conversation amicale », son ancien patron, Jean-François Copé, « quelqu’un qui ne lâche pas les gens ». Copé se lancera-t-il dans la primaire pour 2017 ? A la rentrée, « il a très exactement réuni 45 parlementaires (…) Or, je remarque qu’il faut le soutien de 20 parlementaires pour la primaire de l’UMP », prévient-il.

Il revient aussi sur la bataille fratricide Copé-Fillon de 2012 pour la présidence de l’UMP : « Pour un certain microcosme, la victoire revenait forcément au notaire de province » Fillon « et pas au juif » Copé, assène-t-il.