Les six ingrédients des livres politiques qui cartonnent en librairie

EDITION Ils ont généralement une durée de vie limitée donc doivent séduire les lecteurs dès les premières semaines après leur sortie...

Delphine Bancaud

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François Fillon dédicace son livre «Faire» à la librairie Thuard,  Le Mans,le  26 Septembre 2015. Credit:Gile Michel/SIPA/
François Fillon dédicace son livre «Faire» à la librairie Thuard, Le Mans,le 26 Septembre 2015. Credit:Gile Michel/SIPA/ — SIPA

Alors que le livre Faire de François Fillon sorti fin septembre, démarre bien en librairie (avec 15.864 écoulés comme l’indique ce mercredi Le Parisien), 20 minutes a interrogé des experts de l’édition pour savoir quels étaient les ingrédients qui permettent à un livre politique d’attirer les lecteurs.

1 Etre écrit par une personnalité populaire ou parler d’elle

« La clé du succès repose avant tout sur le fait que l’ouvrage soit écrit ou concerne une personnalité qui intéresse les Français », explique Luce Perrot, présidente de l’Association Lire la Politique. « C’est pour cela que même si de nombreux ouvrages ont déjà été écrits sur François Mitterand, au moins six livres nouveaux vont paraître cette année sur lui. Les éditeurs ne s’y trompent pas car ils connaissent la fascination des Français pour l’ancien président », ajoute-t-elle. Idem pour De Gaule, Chirac, Royal, Sarkozy, qui font souvent l’objet d’ouvrages à succès.

2 Surfer sur l’actualité

L’actualité est un accélérateur de vente. « Sortir une biographie d’un homme politique juste avant la commémoration de sa mort, par exemple permet d’être relayé par la presse », souligne Sébastien Rouault, chef de groupe Livre chez GfK. Et même si les livres via lesquels les candidats à une élection dévoilent leur programme sont rarement des bestsellers, le fait de les sortir juste avant une primaire ou quelques mois avant l’élection présidentielle permet de leur garantir un succès minimal. « Changer de destin de François Hollande paru en 2012, a ainsi plutôt bien fonctionné avec près de 40.000 exemplaires vendus », indique l’expert. Mais l’actualité étant par définition mouvante, les livres politiques doivent vite séduire « car la majorité des ventes s’effectuent dans les huit premières semaines », ajoute-t-il.

3 Contenir des révélations

« Les essais politiques qui dévoilent les coulisses de la politique fonctionnent généralement bien, car ils permettent aux lecteurs de décrypter un monde très éloigné du leur », observe Sébastien Rouault. La révélation de « off », de dissensions internes, d’actes manqués, sont ainsi très appréciés des lecteurs. « Les ouvrages de Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin et Françoise Fressoz font ça très bien », ajoute-t-il. Un succès dont jouissent aussi les livres relatifs aux conseillers de l’ombre, comme ce fut le cas pour Le Sorcier de l’Elysée, une biographie de Jacques Pilhan, le stratège de la communication de François Mitterrand, puis de Jacques Chirac.

4 Lancer quelques scuds

On se souvient des « sans dents », l’expression attribuée par Valérie Trierweiler à François Hollande dans Merci pour ce moment. Ou de l’ouvrage Ça reste entre nous, hein ?, qui recensait plusieurs phrases assassines de Nicolas Sarkozy contre ses « amis » de l’UMP et ses adversaires politiques. « Ces petites phrases mettent en appétit le lecteur et permettent de voir les bonnes feuilles du livre paraître dans la presse ». « Les critiques émises dans un livre politique sont un excellent moyen pour être invité sur des plateaux télé, mais si l’ouvrage est sans fond, cela ne suffit pas pour le faire vendre », tempère cependant Luce Perrot.

5 Avoir un ton très personnel

Bien que tous les livres signés par les personnalités politiques n’aient pas été écrits par eux, les lecteurs sont manifestement plus attirés par ceux qui ont un vrai ton personnel et de réels accents de sincérité. « C’est ce qui explique par exemple, le succès du livre d’Alain Juppé Je ne mangerai plus de cerises en hiver, paru en 2009 lors de sa période de purgatoire », estime Luce Perrot. Dans cet ouvrage, il revenait sur les succès et les échecs de sa vie politique récente et se confiait sur la mort de ses parents. Idem pour Ma plus belle histoire c’est vous, paru en 2007, où Ségolène Royal racontait sans fard, ses déboires lors de la campagne présidentielle de 2007, en n'oubliant pas d’égratigner au passage quelques camarades du PS… Avec Qu’ils s’en aillent tous !, paru en 2010, Jean-Luc Mélenchon est aussi resté de longues semaines en tête des ventes des livres politiques, car l’ouvrage reflétait sa forte personnalité et son goût pour la provocation.

6 Etre rédigé dans un style soigné

« Les Français admirent toujours ceux qui ont une belle plume. De plus, ça pose un homme politique », explique Lice Perrot. « Le succès de Jours de pouvoir de Bruno Le Maire s’explique notamment par le style littéraire de son auteur », ajoute-t-elle. D’ailleurs, ce dernier a ensuite été réédité en version poche chez Folio, ce qui a mathématiquement boosté ses ventes. Un privilège réservé aux ouvrages dont la qualité littéraire leur assure une durée de vie plus longue…