«Nadine Morano est une victime expiatoire de la droite»

INTERVIEW Le politologue Eddy Fougier réagit à la convocation de Nadine Morano devant la commission d’investiture du parti Les Républicains…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Les élus Nadine Morano, Jean-Pierre Raffarin et Christian Estrosi, le 7 septembre 2014 à Nice.
Les élus Nadine Morano, Jean-Pierre Raffarin et Christian Estrosi, le 7 septembre 2014 à Nice. — BEBERT BRUNO/SIPA

Les nombreux propos de Nadine Morano sur « la race blanche » en France pourraient lui coûter sa place sur la liste Les Républicains (LR) aux élections régionales de décembre. Nicolas Sarkozy, silencieux depuis samedi sur cette polémique, a saisi mercredi la Commission nationale d’investiture. L’objet de cette saisine vise à « retirer l’investiture en Meurthe-et-Moselle à Nadine Morano », selon un communiqué du parti. La commission se penchera sur ce cas mercredi prochain. Retour sur cette décision avec Eddy Fougier, politologue, chercheur associé à l’IRIS.

Comment interpréter la prochaine sanction de Nadine Morano par son parti ?

La stratégie du parti Les Républicains, plus ou moins consciente, est de fustiger et sanctionner Nadine Morano pour apparaître comme une organisation modérée, bien différente du Front national. On fait de cette élue un bouc émissaire, une victime expiatoire. Cependant, sur le terrain, la réalité est parfois toute autre : Il n’est pas rare d’entendre « on est chez nous », slogan typique du Front national dans les meetings du parti Les Républicains. Et plusieurs enquêtes révèlent l’attirance de l’électorat LR pour les discours du FN.

Le parti LR est-il en porte-à-faux dans cette histoire ?

Assurément, la droite n’est pas à l’aise. Elle sait que le sujet des migrants va peser sur le choix des électeurs qui iront voter aux élections régionales de décembre. Mais elle ne veut pas pour autant être débordée par le FN. Sanctionner Nadine Morano lui permet de se faire ou refaire une image modérée en sacrifiant cette élue. Et le prix n’est pas très grand. On ne parle pas d’exclusion du parti, mais d’une place sur la liste LR aux élections régionales…

Que révèle, selon vous, cette polémique ?

Elle révèle à mon avis deux choses. La première est que certains dirigeants, notamment à droite, ont un mépris social pour Nadine Morano. Une Nadine Morano qui incarne une manière de faire de la politique, un verbe sarkozyste qui en appelle au « parler vrai » populaire, qui n’est pas du même moule que ceux qui ont fait de grandes études… Je pense notamment aux critiques de Nathalie Kosciusko-Morizet ou d’Alain Juppé.

Ensuite, cette polémique révèle une fois de plus la difficulté du personnel politique à parler aux classes populaires. Ils ne savent pas leur parler : Soit ils adoptent un discours paternaliste construit sur l’idée que le bon peuple ne comprend pas, soit on assiste à un discours vulgaire, caricatural, de café du commerce.

La transgression, le tabou peuvent-ils fonctionner électoralement ?

Cette stratégie de la transgression est une technique de l’extrême droite, et notamment de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980. Cela a fonctionné pour lui. Mais ce n’est pas acquis quand on est un élu de la droite classique.