Suppression du mot «race» de la loi: «Ce n’est pas politique, c’est scientifique»

INTERVIEW Le chef de file des députés Front de gauche défend sa proposition de loi adoptée en 2013 à l'Assemblée mais jamais inscrite à l'ordre du jour du Sénat...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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André Chassaigne à l'Assemblée nationale en juin 2015.
André Chassaigne à l'Assemblée nationale en juin 2015. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Egarée pendant la navette parlementaire, la loi retrouvera-t-elle son chemin ? Après que les députés Front de Gauche et les sénateurs du groupe Communiste républicain et citoyen ont réclamé mercredi que le gouvernement inscrive à l’ordre du jour du Sénat la proposition de loi supprimant le mot « race » de la législation, le ministre Michel Sapin s’y est dit favorable ce jeudi. 20 Minutes a demandé au chef de file des députés Front de gauche André Chassaigne s’il croyait au vote de cette loi.

Adoptée en 2013 à l’Assemblée, la loi n’avait jamais été inscrite à l’ordre du jour du Sénat…

La première fois qu’on avait présenté une loi similaire, c’était en mars 2003 et la majorité de droite l’avait rejetée. Je l’ai représentée en 2012, et on a réussi à l’inscrire dans notre niche [journée réservée aux propositions d’un parti] en 2013 avec le concours des élus d’outre-mer. Elle avait été votée sans opposition à l’Assemblée nationale en mai 2013. Sans que ce soit formalisé, il y avait le projet que le gouvernement le mette lui-même à l’ordre du jour du Sénat, c’est ce qui arrive généralement quand un texte est voté à l’unanimité. Ça n’a pas été fait. On a donc relancé le gouvernement, et vu le contexte, je suis assez optimiste. Ça pourrait d’ailleurs être un prétexte pour amender également la Constitution et y enlever le mot « race ».

Depuis 2013, la majorité au Sénat a changé. La droite ne va-t-elle pas retoquer le texte ?

Franchement je ne pense pas, car la proposition de loi a été rédigée sur une base scientifique. Notre angle d’attaque n’est pas politique. Tous les scientifiques conviennent sans débat qu’il n’existe pas plusieurs races humaines. Le fait de faire le distinguo entre plusieurs races est opposé à toutes les analyses. Je ne pense pas que la majorité de droite puisse refuser une proposition de loi sur le prétexte du fond.

Et sur la forme ?

Ils peuvent dénoncer la complexité, mais on avait étudié ce point : dans la législation française, il y a 59 articles concernés, qu’il faudrait modifier soit en supprimant le mot directement, soit en le remplaçant par un autre. On a fait le listing précis des lois et codes concernés, y changer la sémantique n’est pas un problème insurmontable. Et même si c’est complexe, on a besoin d’être pédagogue sur ce sujet, de montrer que la classification liée à la race, ça n’existe pas. Il faut sortir de toute polémique et donner une dimension scientifique, éthique : cette ineptie doit disparaître de nos codes. Ça permettra à chacun de prendre conscience qu’il y a des mots qu’il ne faut pas employer à tort et à travers.

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