Manuel Valls a-t-il laissé son costume de trublion à Emmanuel Macron?

POLITIQUE Le chef du gouvernement a recadré à plusieurs reprises son ministre de l'Economie...

Thibaut Le Gal
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Le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron lors de la présentation de mesures en faveur de l'investissement, à l'Elysée le 8 avril 2015
Le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron lors de la présentation de mesures en faveur de l'investissement, à l'Elysée le 8 avril 2015 — Philippe Wojazer Pool

Qu’est-il arrivé à Manuel Valls ? L’ancien trublion du parti socialiste semble être rentré dans le rang. Le costume transgressif a été repris par Emmanuel Macron, qui multiplie les déclarations fracassantes. « Le libéralisme est une valeur de gauche » ; « l’Etat a sa place mais il en a trop pris » ; « flexisécurité sur le marché du travail »…

A chaque fois, les sorties du locataire de Bercy sont perçues comme des provocations à gauche. A chaque fois, Manuel Valls doit recadrer son ministre. Lors de l’émission « Des paroles et des actes » de France 2, une séquence a parfaitement illustré cette chorégraphie ministérielle. Interrogé sur la polémique du statut des fonctionnaires, le Premier ministre s’est tourné vers son ministre. « Non… Emmanuel, tu n’as pas fait ça ? » Sourire de l’intéressé. « Bon, vous voyez ? Il ne l’a pas fait »


Quand Aubry demandait à Valls de quitter le PS

« Emmanuel Macron joue un peu le rôle qui incombait avant à Manuel Valls », assure Rémi Lefebvre, chercheur spécialiste du PS. « Il transgresse les tabous de la gauche, tout en donnant une image de modernité au gouvernement ». L’ancien député-maire d’Evry avait aussi l’habitude de prendre des positions iconoclastes. Sur le « déverrouillage des 35 heures », la TVA protection, l’immigration, ou la sécurité, notamment, il portait un discours à contre-courant de celui de Solférino. En 2009, Manuel Valls propose même de changer le nom du parti. Martine Aubry prendra la plume pour une réponse cinglante.

« Mon cher Manuel, s’il s’agit pour toi de tirer la sonnette d’alarme par rapport à un parti auquel tu tiens, alors tu dois cesser ces propos publics, et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Mais si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences, et quitter le PS ». Quelques années plus tard, la même exprime son « ras-le-bol » face aux sorties d’Emmanuel Macron.



« Il faut savoir être transgressif pour créer le débat »

« Emmanuel Macron ne fait pas du Valls », tranche Luc Carvounas. « Manuel Valls était transgressif sur les questions de sécurité par exemple au point de faire évoluer la position du PS. Il faut savoir être transgressif pour créer le débat et amener le parti sur ses positions », souligne celui qui était son directeur de campagne aux primaires PS.

« Emmanuel Macron me fait plus penser à Claude Allègre. Un ministre qui a la cote au départ mais finit par se mettre tout le monde à dos ». L’ancien ministre de l’Education nationale avait créé la polémique en 1997 en déclarant vouloir « dégraisser le mammouth ». Le sénateur du Val-de-Marne prévient. « Emmanuel Macron doit être extrêmement attentif. Il n’est pas devenu ministre pour fâcher la gauche, mais pour faire réussir le quinquennat ».

35 heures ? « Ces débats n’ont plus lieu d’être »

Il est toutefois savoureux de voir Manuel Valls recadrer son ministre sur les 35 heures, lui qui en 2011 voulait les « déverrouiller ». « Quand on est chef du gouvernement, on est là pour appliquer la politique du président. Lors des primaires, on a fait 6 %. Ces débats n’ont plus lieu d’être. Les 35 heures sont un totem à gauche », répond Luc Carvounas. « Quand on est à Matignon, on ne peut pas jouer les trouble-fêtes, quitte à prendre le risque de se normaliser », développe Rémi Lefevbre.

« Manuel Valls a suffisamment installé son image pour ne pas devoir en rajouter. Il veut rester Premier ministre jusqu’à la fin du quinquennat et sait qu’il y aura des turbulences après les régionales », développe le chercheur. « Il ne peut pas prendre le risque d’être celui qui a fait perdre la gauche ».