Régionales 2015: Pourquoi le PS se divise au sujet du front républicain

POLITIQUE Anne Hidalgo a défendu cette stratégie pour faire barrage au FN, contrairement au patron du Parti socialiste...

Thibaut Le Gal

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Jean-Christophe Cambadélis au Cirque d'Hiver, le 8 septembre 2015.
Jean-Christophe Cambadélis au Cirque d'Hiver, le 8 septembre 2015. — JACQUES DEMARTHON / AFP

Le PS est-il en passe d’abandonner le front républicain ? La question divise le parti alors qu’une défaite aux régionales se profile. Anne Hidalgo a défendu sans ambiguïté cette stratégie consistant à se désister au profit de la liste arrivée en tête en cas de présence du FN au second tour, dimanche lors de l’émission « Le Grand Rendez-vous » Europe1-Le Monde-iTélé. « Là où il y aura un risque majeur d’avoir le Front national à la tête des régions, il faudra se retirer, a affirmé la maire de Paris. Je préfère aucun socialiste dans un exécutif plutôt que le Front national à la tête de ces exécutifs. »

« La question du Front républicain ne se pose pas »

A la mi-septembre, Jean-Christophe Cambadélis avait pourtant pris ses distances avec le front républicain, affirmant qu’au soir du premier tour, la « responsabilité de la gauche ne sera [it] pas de se retirer, mais d’être capable de s’unifier ».

Une position confirmée par Christophe Borgel, responsable des élections au PS. « La question ne se pose pas. On ne peut pas comparer les résultats du Parti socialiste seul et ceux d’une droite unifiée. On est globalement sur un tiers pour la gauche, un tiers pour la droite et un tiers pour le FN. Or le tiers total de la gauche est en tête dans les sondages », assure-t-il. « Nous allons mener la bataille pour le rassemblement de la gauche et éviter que le cas de Noisy-le-Grand ne se reproduise », affirme-t-il en évoquant cette ville de Seine-Saint-Denis tombée à droite à quelques voix près.

Rien n’indique pourtant le report des voix des électeurs de l’autre gauche, très critique envers le gouvernement. Et dans certaines régions, le FN est déjà en mesure de gagner. Marine Le Pen serait ainsi en tête de la région Nord-Pas-de-Calais Picardie.

« Déclarations extrémistes »

Comment expliquer ce changement de stratégie ? Le patron du PS avançait « les déclarations extrémistes de Christian Estrosi et de Xavier Bertrand sur les réfugiés » pour expliquer son refus. Mais la position ne fait pas consensus.

Christophe Caresche reconnaît les « propos outranciers de certains candidats de droite », mais fait une distinction avec les candidats frontistes. « Je ne vois pas de préférence nationale érigée en politique publique chez les Républicains », souligne-t-il.

Le député PS de Paris espère d’ailleurs qu’en cas de menace FN, un accord technique avec la droite sera trouvé. « La question du Front républicain ne se pose pas qu’à la gauche, mais aux partis qui restent attachés aux valeurs républicaines », développe-t-il. Une solution déjà balayée par les candidats LR, à l’image de Xavier Bertrand.

Le retrait : une perte économique pour le PS

« A droite, on se souvient de l’enchaînement des défaites électorales aux élections locales et régionales sous le mandat de Sarkozy, on a donc beaucoup d’appétit pour reconquérir le terrain perdu », analyse Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof.

Sans fusion des listes, reste la solution du retrait pur et simple. Mais l’absence d’élus est un coût politique et économique lourd à porter. « On l’oublie souvent, mais les derniers revers électoraux du PS ont aussi un coût économique pour le parti et entraînent une perte de nombreux postes dans l’entourage des élus », assure le chercheur. Les élus socialistes reverseraient ainsi 10 % de leur indemnité mensuelle aux fédérations.

Autre raison avancée par Bruno Cautrès, la préparation de la présidentielle 2017. « A travers les conseillers régionaux, vous établissez un maillage solide sur le territoire. Une absence d’élus pourrait manquer au moment de lancer la machine électorale », estime le chercheur.