«Des paroles et des actes»: «L’intérêt de Manuel Valls est de peser en tant que Premier ministre qui fait son travail»

INTERVIEW Un spécialiste de la communication politique décrypte l’énervement de Manuel Valls lors de l’émission « Des paroles et des actes »…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Le journaliste David Pujadas et le Premier ministre Manuel Valls sur le plateau de France 2 le 24 septembre 2015 à Paris
Le journaliste David Pujadas et le Premier ministre Manuel Valls sur le plateau de France 2 le 24 septembre 2015 à Paris — STEPHANE DE SAKUTIN AFP

« La politique, ce n’est pas du spectacle. » Il était énervé, le Premier ministre, ce jeudi soir lors de l’émission Des paroles et des actes sur France 2. Tout se passait bien jusqu’à ce que Karim Rissouli lui demande s’il veut bien se prêter au jeu du commentaire de tweets. Le principe : commenter, de préférence avec humour, un tweet gentil et un tweet méchant le concernant. Et là, Manuel Valls s’échauffe. Pour 20 Minutes, Philippe Maarek, professeur de Communication politique à l’Université Paris Est-UPEC, décrypte l’énervement du Premier ministre.

Pourquoi Manuel Valls a-t-il refusé de se plier à la « politique spectacle » ?

Il dit aujourd’hui qu’il ne fait pas de politique spectacle mais on l’a pourtant vu à de nombreuses reprises se présenter aux médias en compagnie de sa femme et se faire photographier dans des magazines comme Paris match, exactement comme d’autres hommes politiques. Il faut donc relativiser ce qu’il dit. En revanche, on peut penser qu’en ce moment il est pris en tenaille entre Emmanuel Macron qui avance à petites touches comme on l’a vu le week-end dernier et le fait qu’il doit diriger le gouvernement. La petite phrase d'Emmanuel Macron sur le statut des fonctionnaires a entrainé des sondages qui ont montré que l’idée avait un écho dans la population, alors que Manuel Valls avait démenti ces propos : cela montre bien qu’il y a une lutte d’influence entre les deux hommes, il a d’ailleurs directement pris à partie Emmanuel Macron durant l’émission « Des paroles et des actes », sur le mode humoristique, certes.

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Manuel Valls veut donc endosser un rôle de Premier ministre qui serait à part de la classe politique ?

Il a tout intérêt à conforter son statut de Premier ministre plutôt qu'à jouer la carte de la personnalisation et de la politique « spectacle ». Si l’on en croit un certain nombre d’indices, il n’est pas en position de prétendre à quoi que ce soit pour 2017, donc son intérêt est de se poser comme Premier ministre qui fait son travail et d’y axer sa communication politique. Quand on se lance dans une campagne présidentielle, on doit plus personnaliser sa communication, faire un peu de politique spectacle qu’on le veuille ou non. Lui n’est pas, pour le moment, dans ce jeu-là.

Comment expliquer que Barack Obama se prête à ce genre de « jeu » et que cela ait autant de mal à passer en France ?

Avant même de réagir aux tweets du public, Obama s’est lui-même notamment servi d’une campagne de tweets pour se faire élire. Dans la communication politique nord-américaine, le tweet est devenu un instrument courant pour la communication des hommes politiques, donc ils sont bien obligés de faire la réciproque, de répondre aux tweets qui viennent d’en bas, des électeurs. Manuel Valls, lui, veut apparaître comme un Premier ministre qui gouverne car c’est le seul positionnement qu’il peut avoir en ce moment.