Régionales 2015: Pourquoi les jeunes s'intéressent peu au scrutin

POLITIQUE Lors des élections, l'abstention touche davantage les 18-24 ans...

Thibaut Le Gal
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Jeunes, illustration.
Jeunes, illustration. — POUZET/SIPA

Lilian Thuram prend la plume. Dans une tribune publiée sur 20 Minutes, l’ancien footballeur lance un appel aux jeunes. « A la jeunesse de France, dans les villes, les campagnes et les quartiers populaires, bougeons-nous, citoyens ! » Le champion du monde 1998 demande aux jeunes de s’inscrire sur les listes électorales pour « faire entendre leur voix et peser sur le cours des choses ».

Les élections régionales approchent (6 et 13 décembre), mais le scrutin n’est pas dans tous les esprits. Un sondage Odoxa pour le Parisien, publié dimanche, montrait qu’un tiers des Français ignoraient ces échéances électorales. Chez les jeunes (18-24 ans), le chiffre s’élevait à 62 %.

Les jeunes, plus abstentionnistes

Une nouvelle fois, l’abstention pourrait être très élevée. « Les régionales sont des scrutins fortement abstentionnistes. La participation est moins forte que pour la présidentielle ou les municipales », assure Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP. En 2010, 53.67 % des inscrits n’étaient pas allés voter au premier tour des régionales (48.79 % au second).

« Les jeunes sont traditionnellement plus abstentionnistes que les autres classes d’âge sur toutes les élections, sauf à l’élection présidentielle ou le résultat est sensiblement équivalent », analyse Anne Muxel*, directrice de recherche au Cevipof-Sciences-Po, et spécialiste du comportement électoral. « Pour les dernières élections européennes, ce taux s’élevait même à 70 % ».

« Moins disponibles pour s’engager »

Le symptôme traverse tous les segments de la jeunesse. « Il est plus prononcé chez les non-diplômés, mais reste répandu chez les jeunes diplômés», précise la sociologue. Premier élément d’explication avancé, une mauvaise inscription sur les listes électorales. « A cet âge de la vie, on est beaucoup plus mobile géographiquement. Les étudiants, par exemple, sont souvent inscrits là où vivent les parents », développe Anne Muxel. « De plus, cette période de la vie est marquée par d’autres urgences : entrée dans la vie professionnelle, organisation de la vie personnelle. Ce moment de transition rend les jeunes moins disponibles pour s’engager politiquement ».

« Déception et sentiment d’abandon »

A cette cause structurelle s’ajoute une raison plus conjoncturelle : la méconnaissance des enjeux régionaux. « Pour se mobiliser, les jeunes ont besoin d’enjeux clairs, explicites. Le contexte politique, avec la discorde des grands partis de gouvernement, les dépasse et n’est pas incitatif », avance Anne Muxel. « Cette perplexité et cette défiance expliquent d’ailleurs le fort taux d’abstention dans l’ensemble de l’électorat ».

« Les débats sur la normalisation du tarif de la carte de transports ou la formation professionnelle pourraient les intéresser. Mais les têtes de liste sont des personnalités peu connues et peu visibles pour un public qui ne s’intéresse pas à la politique », ajoute Jérôme Fourquet. François Hollande avait pourtout fait de la jeunesse une priorité de sa campagne en 2012. « Les problèmes de logement ou du pouvoir d’achat restent encore aujourd’hui en suspend Il peut y avoir une déception et un sentiment d’abandon », ajoute la sociologue.

Anne Muxel, auteur d'« Avoir 20 ans en politique : Les enfants du désenchantement » (Seuil)