L'Assemblée s'écharpe sur l'accueil des réfugiés

REPORTAGE «La gauche a montré sa faillite morale, sa défaillance et son suivisme», a notamment déclaré Eric Ciotti...

Thibaut Le Gal

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Le Premier ministre Manuel Valls s'exprime lors d'un débat sur la situation des migrants devant l'Assemblée nationale, le 16 septembre 2015 à Paris
Le Premier ministre Manuel Valls s'exprime lors d'un débat sur la situation des migrants devant l'Assemblée nationale, le 16 septembre 2015 à Paris — Stephane de Sakutin AFP

Nouvelle séance de débats houleux à l’Assemblée. Après avoir débattu de l’intervention militaire en Syrie, députés et sénateurs s’écharpaient ce mercredi sur « l’accueil des réfugiés en France et en Europe ». Un débat sans vote, mais non sans passion. Salle des Quatre colonnes, Eric Ciotti portait le premier l’estocade. « La gauche a montré sa faillite morale, sa défaillance et son suivisme », qualifiant François Hollande de « mouton de Panurge de Madame Merkel ».

Le député Républicain des Alpes-Maritimes a ensuite dénoncé « les messages d’accueil aux migrants, aux conséquences dramatiques » et rappelé les priorités de son parti : « Suspendre Schengen pour faire face aux mouvements de migrations incontrôlées » et rétablir des « contrôles aux frontières pour distinguer les réfugiés politiques des migrants économiques ».

« Il faut accélérer le raccompagnement des immigrés entrés illégalement sur le territoire français », ajoutait plus loin Eric Woerth. La suspension de Schengen et la diminution de « l’attractivité sociale de l’Europe » faisaient d’ailleurs partie des questions soumises aux adhérents LR plus tôt dans la journée.

Valls ironise sur « Schengen 2 »

A la tribune, Manuel Valls a défendu les choix du gouvernement, renvoyant dos à dos ses adversaires politiques. « Certains nous disent "il faut tout fermer". Dire cela, c’est fermer les yeux sur les réfugiés qui meurent à nos portes. D’autres disent, à l’inverse, "il faut tout ouvrir". Dire cela, c’est fermer les yeux sur les réalités et les difficultés de la société française », visant sans les nommer FN et gauche radicale.

Le chef du gouvernement a ensuite ironisé sur le statut de réfugié de guerre et le Schengen 2, souhaités à droite. « Quel est donc ce besoin de créer quelque chose qui existe déjà ? […] Schengen 2, c’est le bon sens qui inspire le gouvernement… auquel parfois se rajoute le goût de la polémique inutile sur les sujets migratoires ». La gauche de l’hémicycle se régalait.

Un « Schengen à bout de souffle »

La droite, elle, n’applaudissait pas lorsque le Premier ministre a annoncé le déblocage de plusieurs centaines de millions d’euros pour l’accueil des réfugiés. Le chef du gouvernement a également évoqué un rétablissement temporaire des frontières « si nécessaire ».

Dans la foulée, Valérie Pécresse a rappelé au chef du gouvernement les paroles de son « père en politique », Michel Rocard. « Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde », sous les huées de la gauche. La députée des Yvelines était une nouvelle fois chahutée lorsqu’elle dénonçait un « Schengen à bout de souffle », à la « vision angélique ». « Dans votre politique migratoire vous avez oublié le pilier fermeté, et que vos martiales proclamations sont restées lettre morte ». L’ancienne ministre du Budget n’était que peu soutenue par son camp. Dans l’Assemblée, beaucoup de sièges s’étaient déjà vidés.