«On a du mal à trouver quelque chose qui marque»

INTERVIEW Pascal Marchand, professeur de psychologie sociale, a analysé le discours de politique générale de François Fillon par rapport à ceux de tous ses prédécesseurs…

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Lors de sa déclaration de politique générale, version condensée de son discours de la veille devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre a estimé que la France ne devait pas être le seul pays "qui ne peut régler par le débat, la discussion, l'accord les enjeux majeurs qui se posent" à lui.
Lors de sa déclaration de politique générale, version condensée de son discours de la veille devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre a estimé que la France ne devait pas être le seul pays "qui ne peut régler par le débat, la discussion, l'accord les enjeux majeurs qui se posent" à lui. — Patrick Kovarik AFP
Pascal Marchand, professeur de psychologie sociale, a analysé le discours de politique générale de François Fillon par rapport à ceux de tous ses prédécesseurs.

Comment avez-vous analysé le discours de discours de François Fillon?

C’est une méthode lexicométrique, cela relève de la statistique construite par les 36 déclarations de politique générale depuis 1959. Je les ai rentré dans l'ordinateur, pour ensuite analyser les mots qui apparaissent plus de dix fois. On peut ensuite cartographier les différents discours des Premiers ministres, analyser les correspondances.

Quels enseignements peut-on tirer du discours de François Fillon?

S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de ce discours, c’est qu’une fois entendu, il en reste peu de choses. On a affaire à la recherche d’un discours médian. Avant, on avait vraiment la volonté de marquer les esprits, avec des formules chocs. Je me souviens de la nouvelle société de Chaban, de la proximité de Raffarin. Chez Fillon, on a du mal à trouver quelque chose qui marque, c’est un discours qui offre peu de prises. La seule spécificité de François Fillon, c’est l’emploi du mot croissance, qu’il utilise seize fois. Ce qui est remarquable, c’est qu’il oppose la «vieille croissance» à «une croissance nouvelle, forte, saine, solidaire».

Est-ce un discours plat et creux?
Par rapport à ses prédécesseurs, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, François Fillon a un discours qui joue beaucoup sur la rareté des mots. Il n’y a pas de redondances. Par ailleurs, il apparaît que François Fillon parvient à produire un discours plus riche (lexicométriquement) que Raymond Barre en 1977 et Michel Rocard en 1988, qui détenaient pourtant le record. S'il y a une spécificité Fillon, c'est peut-être là qu'elle se situe.

Le discours de François Fillon monte donc l’avènement d’un nouveau style?

Oui, il suffit de voir la phrase la plus représentative du discours de François Fillon, selon l’ordinateur (Les termes en majuscules sont ceux qu'il privilégie statistiquement): «la politique FRANÇAISE a BESOIN de CONVICTIONS fortes et d' idées nouvelles. Et pour cela elle doit POUVOIR considérer le CHOC des CONVICTIONS comme le tremplin d' une citoyenneté éclairée et tolérante. l'ouverture est à l' IMAGE de cette FRANCE en MOUVEMENT. Mais l'ouverture n'est qu'une étape. Sous l'autorité du PRÉSIDENT de la RÉPUBLIQUE , je vous propose de POSER les bases d'une DÉMOCRATIE mieux équilibrée et plus transparente.» Je trouve cela très symbolique. Par ailleurs, François Fillon a beaucoup insisté sur l’ouverture, pourtant son discours s’identifie assez bien au discours de droite. Il accepte le discours de droite et rejette celui de gauche. Parmi ces prédécesseurs, Jospin, au contraire de Mauroy ou Rocard, ne s’identifiait pas forcément au discours de gauche.

Pour rechercher les similitudes avec celui de François Fillon, il faudrait peut-être rentrer le discours de Nicolas Sarkozy dans votre machine…
J’y pense très sérieusement! Cela ressemblait tellement à un discours de politique générale!