Daesh: Pourquoi François Hollande a changé de stratégie en Syrie

TERRORISME Cette annonce pourrait permettre à la France de peser davantage dans les négociations...

Thibaut Le Gal avec L.C.

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François Hollande lors de sa conférence de presse à L'Elysée, le 7 septembre 2015
François Hollande lors de sa conférence de presse à L'Elysée, le 7 septembre 2015 — ALAIN JOCARD / AFP

Un changement de stratégie. François Hollande a annoncé que la France envisageait, pour la première fois, des frappes aériennes contre l’organisation Etat islamique en Syrie. « Aujourd’hui en Syrie, ce que nous voulons, c’est connaître, savoir ce qui se prépare contre nous et ce qui se fait contre la population syrienne », a lancé le chef de l’Etat lors de sa conférence de rentrée lundi. « Aussi ai-je décidé qu’il y aurait dès demain (mardi) des vols de reconnaissance (…) et ensuite, selon les renseignements que nous aurons collectés, nous serons prêts à faire des frappes ».

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« Les combattants de Daesh ont gagné du terrain »

L’aviation française participe bien depuis septembre 2014 aux opérations de la coalition emmenée par les Etats-Unis en Irak, mais elle avait refusé jusqu’à aujourd’hui de frapper le territoire syrien. « Il y a un an, le gouvernement français souhaitait avant tout éviter de contribuer à renforcer Bachar al-Assad. En outre, Paris avançait l’absence de base juridique pour justifier une intervention militaire contre Daesh en Syrie, c’est-à-dire ni sollicitation du gouvernement légitime, ni mandat international », avance Bruno Tertrais, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

« Mais cet argument semble moins pertinent, car les combattants de Daesh ont gagné du terrain en Syrie et l’armée régulière ne fait plus grand-chose pour contre-attaquer dans les zones contrôlées par l’Etat islamique », précise le chercheur.

Combattre « l’EI imposait d’être présent sur l’ensemble du territoire »

« Le premier élément déclenchant est politique. Cette décision découle du mouvement d’opinion qui s’est formé autour de la photo de cet enfant mort sur une plage turque », explique Jean-Claude Allard, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). « On sait bien que les personnes fuient les combats et les atrocités commises par les combattants de l’EI lorsqu’ils s’emparent des régions », poursuit le général à la retraite.

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Cette volte-face diplomatique est également un choix stratégique. « D’un point de vue militaire, il était évident qu’un combat contre l’EI imposait d’être présent sur l’ensemble du territoire occupé par le groupe. La France faisait une distinction entre l’Irak et la Syrie qui n’était pas pertinente car les combattants islamistes ont aboli les frontières », développe Jean-Claude Allard.

« Peser davantage dans la négociation internationale »

François Hollande, qui voulait « punir » Bachar al-Assad dès août 2013, se range finalement du côté des Etats-Unis, de l’Iran ou la Russie, soutiens de Damas. « C’est une stratégie en deux temps. L’EI devient maintenant la cible n°1, et le sort du président syrien, le seul qui résiste actuellement sur le terrain, viendra après », ajoute l’ancien militaire. « Si son armée craquait dans les semaines qui viennent, l’EI s’installerait à Damas ».

L’aviation française pourrait-elle avoir un impact dans le règlement du conflit ? « L’apport français sera de qualité, mais quantitativement, ce ne sera pas significatif par rapport à ce que déploient par exemple les Américains », répond Jean-Claude Allard. « Les frappes déjà menées par la coalition anti-Daesh ont permis de contenir un peu son expansion, mais dans des proportions limitées. Il est difficile d’en faire davantage sans troupes au sol, mais pour l’instant aucun pays n’est prêt à envoyer des soldats en Syrie ».

François Hollande a d’ailleurs balayé cette idée qu’il juge « irréaliste » et « inconséquente » lors de la conférence. Ce changement stratégique de la France pourrait enfin permettre à Paris de peser sur les négociations de résolution du conflit.