De Rugy quitte les Verts: «Les écologistes ont besoin du PS pour exister»

INTERVIEW Alors que le groupe écolo à l’Assemblée perd son coprésident, qui claque la porte d’EELV, « 20 Minutes » a demandé son éclairage au politologue Daniel Boy…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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François de Rugy à Paris le 27 août 2015.
François de Rugy à Paris le 27 août 2015. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Vingt-quatre heures après la sortie de son livre, Ecologie ou gauchisme, il faut choisir !, le coprésident du groupe EELV à l’Assemblée a choisi : « Pour moi, EELV, c’est fini », affirme-t-il ce jeudi dans une interview au Monde. Le député écolo a-t-il raison de s’agacer de la « dérive gauchiste » de son parti, éloignée du camp des « réformistes » ? 20 Minutes a posé la question à Daniel Boy, directeur de recherche émérite à Sciences Po et spécialiste de l’écologie politique.

De Rugy soutient que les écolos « réformistes » sont ultra majoritaires dans l’opinion. Y a-t-il une fracture entre la base et les élus chez EELV ?

Il y a plutôt une cassure entre l’ensemble du parti, y compris les adhérents, et les électeurs écologistes. Les adhérents sont plus à gauche que les adhérents PS, par exemple, et que les électeurs écolos, qui votent d’ailleurs tantôt pour EELV, tantôt pour le PS.

Et au sein même du parti, quel est le courant majoritaire ?

Pour savoir où se situe la majorité du parti, il faudrait un congrès. Le dernier n’a pas tranché la question, et le prochain n’est pas pour tout de suite. Avec le départ de François De Rugy, y aura-t-il alors des dissidents qui vont partir et faire un regroupement avec d’autres écologistes, avec les centristes ? Mais avec quel argent ? Fonder un parti, c’est une aventure…

Dénoncer le « gauchisme » d’EELV, est-ce pointer un vrai souci ?

C’est un vrai problème car électoralement, les écologistes ont besoin du PS pour exister. Quand va arriver 2017, la question va se reposer : EELV ne peut exister qu’avec un accord avec le PS, ce n’est pas le Front de Gauche qui va leur permettre d’être élus. Ils ont besoin d’un parti [le PS] et sont attirés par un autre parti [le FDG]. Ils peuvent se le permettre pour les régionales, mais pas pour le reste.

D’un point de vue très pragmatique et électoraliste, De Rugy n’a-t-il pas raison ?

Certains chez EELV, comme François de Rugy ou Jean-Vincent Placé, sont de bons électoralistes qui se rendent compte que ça n’a pas de sens de se rapprocher du Front de Gauche. Tout simplement parce que les législatives, où les écologistes doivent compter sur leur entente avec les socialistes, sont les élections qui permettent de constituer un groupe politique, et donc de gagner de l’argent.

Peut-on désormais imaginer l’entrée d’un écologiste « réformateur » au gouvernement ?

Il y en a qui souhaitent aller au gouvernement : De Rugy, Pompili, Placé par exemple. Mais l’avantage qu’un départ d’EELV pourrait leur conférer ne paraît pas considérable : la loi sur la Transition énergétique est passée, il n’y a plus de grands projets sur l’environnement, et quand on s’approche d’une période électorale l’environnement n’est plus une priorité. De plus, le ministère de l’Ecologie est confié à Ségolène Royal, aucun écologiste ne pourra prendre sa place. Donc il faudrait un autre poste, gérable par un écologiste, ce n’est pas évident à trouver.

Dans Le Monde, il affirme ne pas vouloir adhérer à un autre parti, ni en créer un nouveau, tout en fédérant les écolos réformistes. N’est-ce pas paradoxal ?

J’ai trouvé ça, comme vous, très mystérieux. Ça me rappelle Noël Mamère : peut-être a-t-il trouvé la situation insupportable, et préféré partir sans avoir de stratégie politique claire.