La scission menace-t-elle vraiment EELV ?

POLITIQUE Aux Journées d’été des écologistes, les trublions du parti font parler d’eux…

Audrey Chauvet
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François de Rugy et Barbara Pompili aux journées d'été d'EELV à Villeneuve d'Ascq, le 21 août 2015.
François de Rugy et Barbara Pompili aux journées d'été d'EELV à Villeneuve d'Ascq, le 21 août 2015. — A.Chauvet / 20minutes

De notre envoyée spéciale à Lille (Nord)

Certains les appellent les « trois trolls » du parti. Sur les tables du campus de Lille, où sont réunis les écologistes pour leurs journées d’été, traînent des tracts appelant les « Pourquoi pas moi » à « la sortie ou le silence ». Rarement un parti prônant l’ouverture, et ayant remporté sa plus grande victoire électorale aux européennes de 2009 avec un rassemblement dépassant le partisanisme, avait autant détesté les dissidents qui appellent à une alliance avec le Parti socialiste.

Ambiance aux #JDE2015 : "avant quand il y avait de la baston, c’était sur du fond", déplore un militant pic.twitter.com/2eIKyiwvFn
— Audrey Chauvet (@AuChauDrey) August 21, 2015

 

Il est mort, le débat ?

Ces trois trublions, ce sont Barbara Pompili, députée de la Somme, Denis Baupin, député de Paris et François de Rugy, député de Loire-Atlantique. Sans oublier le quatrième mousquetaire, le sénateur Jean-Vincent Placé, habitué au rôle de poil à gratter du parti. Forts de leurs mandats parlementaires, ils revendiquent leur volonté de collaborer avec le Parti socialiste pour « exercer les responsabilités ». Pour eux, les alliances conclues avec le Parti de gauche pour les élections régionales sont une aberration politique. « Jean-Luc Mélenchon tape avec constance sur le gouvernement depuis quatre ans mais avec peu de succès électoral », lâche François de Rugy.

>> Pour Mélenchon, les écologistes sont « sectaires »

Agitant le spectre du 21 avril 2002 et la peur de voir le Front national remporter des régions sur le dos d’une gauche divisée, François de Rugy rappelle aux militants de son parti qu’ils « ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas ». Pour le député, dont le livre Ecologie ou gauchisme, il faut choisir (éd. L’Archipel) à paraître d’ici quelques jours résume bien la pensée, EELV est victime d’un « déni de réalité politique » et ne permet plus aucun débat : « Il est impensable que quelqu’un vienne ici [aux journées d’été d’EELV] défendre la loi renseignement, par exemple. Il n’est même pas sûr que Dany [Cohn-Bendit] pourrait s’exprimer ! », s’indigne-t-il.

Cinquante nuances de vert

Pourtant, François de Rugy, comme sa camarade Barbara Pompili, ne sont pas prêts à rendre leur carte du parti. « A quatre mois des régionales, il est encore temps de se ressaisir », temporise le premier. « EELV est ma famille et je n’ai pas envie de la quitter », confie la seconde. Toutefois, Barbara Pompili estime que la « crispation » autour du débat sur une participation ou non au gouvernement de Manuel Valls est plus forte qu’auparavant, tout comme la « tentation de se replier sur une gauche protestataire et antilibérale ».

« Le fait que nous ayons été au gouvernement et la politique de ce même gouvernement nous ont forcés à nous demander comment nous pouvions travailler ensemble », explique-t-elle, récusant toutefois l’idée que son parti soit aujourd’hui scindé en deux clans : « Il y a beaucoup de nuances au sein d’EELV. Moi-même je ne suis pas orientée vers la gauche radicale mais je ne me reconnais pas dans les paroles de Jean-Vincent Placé quand il dit qu’il est un fidèle soutien au président de la République ».

Des ennemis communs

Du côté des militants, on déplore ces polémiques dont le parti est coutumier. « Avant, quand il y avait de la baston, c’était sur du fond. Aujourd’hui, c’est sur des questions de retour au gouvernement qui ne se posent même pas », déplore un militant. « S’ils faisaient scission, ce serait salvateur », juge un autre, pourtant arrivé en 2009 au moment de la grande ouverture des Verts à Europe Ecologie sous la houlette du charismatique Daniel Cohn-Bendit. Suivre la ligne du parti ou le quitter, une logique qui ne ressemble pas à un parti dont on avait coutume de dire que chaque militant y représentait une tendance. Les députés « séparatistes » sont peut-être les ennemis communs dont le parti avait besoin pour se rassembler.