En invitant le Grec Varoufakis, Montebourg donne à la Fête de la Rose un ton résolument anti-austérité

FIESTA L'ex-ministre Grec des Finances sera l'attraction principale de l'événement dimanche...

20 Minutes avec AFP
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Yanis Varoufakis, à Athènes en Décembre 2014
Yanis Varoufakis, à Athènes en Décembre 2014 — AFP

Yanis Varoufakis, qui durant cinq mois a cassé les codes bien lisses de sa fonction de ministre des Finances grec au service d’une vision hétérodoxe de l’économie, avant une démission-surprise le 6 juillet, est tout comme son hôte de dimanche Arnaud Montebourg un imprévisible trublion.

« Minister No More ! » (Ministre, c’est fini !), s’était-il exclamé à la stupeur générale, après la victoire massive du non au référendum organisé à la hâte le 5 juillet en Grèce par le Premier ministre Alexis Tsipras, pour demander aux Grecs s’ils voulaient du plan des créanciers qui était sur la table à l’époque.

Près de 62 % avaient voté non. Un triomphe apparent pour Tsipras. Or Varoufakis, qui avait promis sa démission si le oui l’emportait, était parti quand même. Officiellement parce que ses collègues de l’Eurogroupe trouvaient que c’était mieux comme ça.

Les créanciers, ces « terroristes »

En réalité, il avait compris que Tsipras était plus désemparé que ravi par ce score, et ne s’apprêtait pas pour autant à se dresser contre les créanciers du pays (UE, FMI, BCE). De fait, une semaine plus tard, le Premier ministre, avec le nouveau ministre des Finances Euclide Tsakalotos, s’était vu contraint de signer un nouveau plan d’aide de 86 milliards d’euros.

Ce regret de voir son gouvernement pas assez ferme, vis-à-vis d’une austérité imposée depuis l’extérieur, est un sentiment partagé avec son hôte. Deux jours avant de quitter le gouvernement, en août dernier, Arnaud Montebourg appelait la France à « hausser le ton » face à l’Allemagne.

Durant les cinq mois passés en poste, l’économiste Varoufakis avait vu monter l’inimitié de ses homologues, qui n’aimaient guère le ton professoral sur lequel il délivrait ses « leçons ». Sa dernière saillie, qualifiant de « terrorisme » l’attitude des créanciers pour emporter un oui au référendum, avait sans doute contribué à l’emporter.

La presse avait d’abord fait son chouchou de ce politicien novice, retenant de lui sa carrure de rugbyman, son crâne rasé, sa mâchoire virile, ses chemises floues, souvent flottant sur le pantalon, ses arrivées pétaradantes à moto pour les conseils des ministres, son hyperactivité sur les réseaux sociaux.

Pose pour Paris-Match

Cette omniprésence sur Twitter, où il était coutumier des remontrances aux journalistes régulièrement accusés de déformer ses propos, a ensuite agacé. De même que plusieurs maladresses de communication, dont un reportage dans Paris-Match, où il posait avec sa femme dans le cadre privilégié de leur terrasse donnant sur l’Acropole, tout en disant « détester le star-system ».

Formé en Grande-Bretagne, où il a enseigné, l’universitaire de 54 ans a vécu longtemps en Australie, et se décrit comme « marxiste irrégulier ». Revenu en Grèce, il deviendra conseiller du socialiste Georges Papandreou (2004-2006), avant que le gouvernement de ce dernier, déjà, sollicite le premier plan d’assistance des créanciers internationaux.

Varoufakis deviendra l’un des plus virulents contempteurs de ces « Memoranda » d’austérité, ce qui l’a progressivement rapproché de la gauche radicale Syriza dont il n’est pas membre, mais dont il reste, après sa démission, député. Il fut même le mieux élu des parlementaires Syriza aux élections de janvier 2015.

Alors que Syriza est en pleine fracture, et que des élections anticipées se profilent à l’automne pour redonner une base à Tsipras, Yanis Varoufakis, encore très populaire, persiste à dire qu’il « soutient le Premier ministre ». Il n’a pas donné d’indices encore sur la manière dont il se comportera si ce scrutin est confirmé.