Pourquoi le FN ne devrait pas décider d’organiser un nouveau congrès pour exclure Jean-Marie le Pen

POLITIQUE La cour d’appel de Versailles confirmé, ce mardi, que le parti ne pouvait se passer d’un congrès physique s’il voulait évincer Jean-Marie Le Pen de la présidence d’honneur…

Vincent Vantighem

— 

Jean-Marie Le Pen, lors de son discours au 15e congrès du Front national (FN), le 29 novembre 2014 à Lyon (Rhône).
Jean-Marie Le Pen, lors de son discours au 15e congrès du Front national (FN), le 29 novembre 2014 à Lyon (Rhône). — JEFF PACHOUD / AFP

« Ce n’est pas l’essentiel… », « On va rebondir »… Sous couvert d’anonymat, les cadres du Front national tentent de se rassurer comme ils peuvent. Mais ils savent bien que la décision de justice rendue, ce mardi après-midi, va laisser des traces. La cour d’appel de Versailles (Yvelines) vient en effet de confirmer la suspension du vote par correspondance mis en place, début juillet, par le parti de Marine Le Pen pour évincer son père de la présidence d’honneur qu’il occupe depuis 2011.

Les faits : La cour d’appel donne raison à Jean-Marie Le Pen

Au-delà de la symbolique liée à la troisième victoire judiciaire d’affilée du « Menhir » indéboulonnable contre sa fille avec qui il est en conflit ouvert, le Front national va surtout devoir composer avec la difficulté d’organiser un congrès physique avec ses 51.500 adhérents s’il veut véritablement exclure Jean-Marie Le Pen de son organigramme. A cinq mois des élections régionales, 20 Minutes vous explique pourquoi et comment le parti va sûrement décider de s’en passer…

  • Parce que le délai est trop court…

Le premier tour des élections régionales devrait avoir lieu le dimanche 6 décembre. Cela laisse un peu plus de quatre mois au Front national pour mettre ses statuts au propre s’il veut exclure son ancien mentor avant ce scrutin. « Je ne sais pas si un seul parti en France aurait la capacité d’organiser un congrès interne en si peu de temps », souffle Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite.

Ce que les nouveaux statuts du FN voulaient changer…

Car, si l’on en croit la décision de la cour d’appel de Versailles, le Front national doit réunir en un même lieu ses 51.500 adhérents pour entériner l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du poste de président d’honneur. « On pourrait organiser quelque chose d’ici là, assure un cadre du parti à 20 Minutes. Mais ce serait dans la précipitation. Or nous ne voulons pas travailler dans la précipitation… »

  • Parce que cela va être compliqué à organiser…

Aux élections municipales, le Front national a conquis quatorze villes. Difficile de croire qu’il ne les solliciterait pas pour organiser un congrès. « Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) a-t-elle les capacités physiques d’accueillir 50.000 personnes », interroge encore Jean-Yves Camus.

Analyse : Retour sur 100 jours de pouvoir dans les villes FN

Sans doute pas. Fréjus (Var) en a plus les moyens. Mais organiser un congrès en Provence-Alpes-Côte d’Azur alors que Jean-Marie Le Pen n’a pas exclu de s’y présenter aux élections régionales serait, sans doute, malvenu. « Cela viendrait parasiter toute la campagne des régionales », prophétise déjà Jean-Yves Camus. Sans parler du coût d’une telle opération pour un parti qui, depuis les remous autour de son « Paquebot », ne roule pas vraiment sur l’or.

  • Parce que, politiquement, le parti peut s’en passer…

Invité de France Infoce mardi, Florian Philippot, le vice-président du FN, avait commencé à préparer les esprits à une possible défaite judiciaire de son parti contre Jean-Marie Le Pen. « Ce sont des péripéties judiciaires, mais du point de vue politique, les choses sont faites », avait-il ainsi annoncé.

Début juillet, Marine Le Pen avait sollicité par courrier l’avis de ses 51.500 adhérents sur les nouveaux statuts de son parti prévoyant l’exclusion de Jean-Marie Le Pen. « Les résultats sont quasi unanimes, assure sous couvert d’anonymat un cadre du parti. Nous pourrions donc décider de les publier pour faire comprendre que les adhérents du FN ne veulent plus de Jean-Marie Le Pen et attendre un peu avant d’organiser un congrès. » C’est toutefois prendre le risque de faire campagne pour les régionales avec un « Menhir » dans la chaussure.

  • Dans tout ça, que va faire Jean-Marie Le Pen ?

Nanti d’une triple victoire judiciaire, l’ancien président du FN a désormais les coudées franches vis-à-vis de sa fille. Il n’a pas exclu de se présenter, en dissident, en Provence-Alpes-Côte d’Azur lors des régionales de décembre. « Son score serait sans doute faible mais suffisant pour perturber la ligne du Front national », pense Jean-Yves Camus.

Jean-Marie Le Pen menace de se présenter en Paca

A moins que le FN ne décide d’entamer une procédure disciplinaire interne contre son ancien patron. « On peut très bien prendre des mesures disciplinaires contre lui et remettre à plus tard l’organisation du congrès qui entérine la fin de la présidence d’honneur », assure encore un cadre du parti. Une faille que ne manquerait sans doute pas d’exploiter le patriarche de la maison bleu-blanc-rouge. A moins que d’ici là, la fille et le père ne décident d’enterrer la hache de guerre. « Le conflit est allé si loin que c’est l’hypothèse la moins crédible », conclut Jean-Yves Camus.