Fadela Amara, de «Ni putes ni soumises» au gouvernement Fillon 2

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La présidente de l'association Ni Putes Ni Soumises, Fadela Amara, a expliqué mardi avoir accepté d'entrer au gouvernement comme secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville pour "redonner espoir à la banlieue".
La présidente de l'association Ni Putes Ni Soumises, Fadela Amara, a expliqué mardi avoir accepté d'entrer au gouvernement comme secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville pour "redonner espoir à la banlieue". — Miguel Medina AFP

Sa ferveur militante avait fait le tour des télévisions à l’époque du lancement de l’association «Ni putes ni soumises». Nommée mardi secrétaire d'Etat à la Ville, Fadela Amara consacrera désormais son énergie débordante au service du gouvernement.
 
Avocate des femmes des cités

 
Fille d'immigrés algériens, née en France le 25 avril 1964, revendiquant sa pratique musulmane, Fadela Amara grandit dans une cité de Clermont-Ferrand. Dans sa famille de dix enfants, la place des filles était à la maison, et celles des hommes dehors.
 
Militante de la première heure, dès 17 ans, dans une association de quartier, elle participe en 1983 à la «marche des beurs pour l'égalité». Petite, volontaire et volubile, elle devient rapidement une icône du féminisme. Son discours plaidant pour l'égalité entre hommes et femmes, son opposition au voile islamique, qu'elle considère comme une «oppression», et son ton direct et «habité», à la limite de la colère, lorsqu’elle se fait l’avocate des femmes des cités, la rendent populaire.
 
Au printemps 2002, Fadela lance, avec quelques autres, un «manifeste» contre les violences. Le meurtre de Sohane, quelques mois plus tard, est l’élément déclencheur à la création du mouvement des « Ni putes, ni soumises».
 
Critiquée pour son manque d’expérience
 
Sa dénonciation des «barbares des cités» lui vaut des critiques. Ses détracteurs lui reprochent de stigmatiser les quartiers sensibles en banlieue et de ne pas être représentative de son mouvement. Elue conseillère municipale du Parti socialiste à Clermont-Ferrand en 2001, elle y siège peu.
 
Au cours de la campagne présidentielle, elle a réclamé aux candidats des engagements contre la violence à l'égard des femmes. Plus récemment, elle a jugé «nécessaire» la refonte de la carte scolaire, tout en précisant que cette réforme devait se faire «dans le cadre d'une redéfinition globale de notre politique d'urbanisation».
 
Sa nomination au poste de secrétaire d'Etat à la Ville fait des vagues. Si l’association SOS Racisme, qu’elle avait intégrée en 1986, félicite la jeune femme, l'association Africa 93, à La Courneuve, dénonce au contraire la «récupération» d'une personnalité marquée à gauche. «C’est un choc pour nous tous ici», affirme Mimouna Hadjam, porte-parole d'Africa 93.
 
Pour Mohamed Mechmache, président du collectif AC le feu, Fadela Amara manque tout simplement de «légitimité de terrain», soulignant que celle-ci était «surtout une habituée des plateaux télévisés». «On ne compte pas sur ce genre de personnes, portées à un moment ou un autre par un appareil politique», pour résoudre les problèmes des quartiers, «on n'est pas dupes», a-t-il dit, ajoutant: «de qui se moque-t-on ?».