Tribune dans «Valeurs Actuelles»: Nicolas Sarkozy a-t-il une «obsession» avec l’islam?

POLITIQUE Le patron des Républicains signe dans le magazine une pétition pour la « défense des églises » ce jeudi…

Thibaut Le Gal

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Nicolas Sarkozy, illustration.
Nicolas Sarkozy, illustration. — WITT/SIPA

Nicolas Sarkozy prend la plume pour les clochers. Le président des Républicains signe une pétition dans le prochain numéro du magazine Valeurs Actuelles, à paraître jeudi. Le nom de l’ancien chef de l’Etat rejoint une trentaine de personnalités, dont Eric Zemmour et Alain Finkelkraut, dans un appel baptisé « Touche pas à mon église ».

Le texte explique notamment qu’« une église n’est pas une mosquée, et prétendre que “les rites sont les mêmes” relève d’un déni de réalité scandaleux ». Il fait écho aux propos de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, qui évoquait le 15 juin sur Europe 1 la possibilité de transformer en mosquées les églises désaffectées.

« Un manifeste politique »

« L’idée de Dalil Boubakeur était une provocation dans le contexte actuel. Vouloir transformer les églises en mosquées était irresponsable. J’aurais préféré qu’il nous donne son plan d’action pour combattre les salafistes et reprendre les mosquées qui leur échappent complètement », s’agace Lydia Guirous. Porte-parole du parti, l’auteure d’Allah est grand, la République aussi incarne une ligne stricte de la laïcité à droite. « Avec cette tribune, Nicolas Sarkozy a voulu exprimer son amour de la France et son attachement à l’identité judéo-chrétienne du pays », insiste-t-elle.

Depuis le retour aux manettes de Nicolas Sarkozy, l’islam est régulièrement au cœur des discussions. Au point d’en agacer certains. En juin, une « journée de travail » sur cette religion était lancée. Nathalie Kosciusko-Morizet avait alors estimé que traiter de l’islam pour la première convention était « une mauvaise idée », précisant que « la question religieuse [prenait] trop de place dans le débat public ».

Port du voile à l’université, repas de substitution dans les cantines, assimilation… Le patron des Républicains semble plus ferme depuis quelques mois. Le signe d’un durcissement ? « On est en train d’être gangrené par l’islam radical. On ne peut pas laisser passer sans réagir. Il en va de l’intérêt des Français et notamment des musulmans. Ne rien faire serait criminel, irresponsable », se défend Lydia Guirous. Elle ajoute : « Derrière ce sujet, il y a la réaffirmation de la République. Comment restaurer ses valeurs et œuvrer à la cohésion nationale. C’est ça l’enjeu principal. »

Au Parti socialiste, on estime que l’islam est « la grande obsession » de Nicolas Sarkozy. « Le PS ferait mieux de se taire. Ce sont eux qui vont manger chez les islamistes du CCIF [Collectif contre l’islamophobie en France] ou sont prêts à sacrifier la République pour faire la course folle au vote communautaire », tacle la porte-parole des Républicains.

« Ne pas évoquer l’islam serait une faute majeure »

Les prémices d’un débat à venir à droite ? « La place de l’islam est un sujet important. Il s’inscrit dans un thème plus général, de maîtrise de l’immigration et de notre identité, qui n’est pas négociable. Poser le problème, c’est aussi le faire par respect des musulmans qui se sentent traumatisés de l’utilisation faite de leur religion, répond la députée européenne Nadine Morano. Ne pas évoquer le sujet serait une faute majeure. Surtout quand certains dans les rues mettent à mal la laïcité et divisent la société sous couvert de l’utilisation de l’islam. »

De quoi faire frémir Rachida Dati. L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy critiquait dès lundi le discours « décomplexé » de son parti dans Libération. « A ce petit jeu, le FN sera toujours meilleur, estimait-elle. Les Français n’attendent pas de nous que l’on soit une caisse de résonance de leurs angoisses. »