Grèce: A l'Assemblée, les députés se divisent sur le sort du pays

REPORTAGE 20 Minutes a interrogé les députés à quelques minutes du débat sur la crise grecque mercredi...

Thibaut Le Gal

— 

Assemblée nationale, le 13 avril 2015. Rares étaient les députés présents lors de l'examen du projet de loi sur le renseignement.
Assemblée nationale, le 13 avril 2015. Rares étaient les députés présents lors de l'examen du projet de loi sur le renseignement. — WITT/SIPA

Le sort de la Grèce était sur toutes les lèvres ce mercredi après-midi à l’Assemblée nationale. Manuel Valls avait avancé mardi l’idée d’un débat sans vote « sur la situation du moment, et sur la position, bien sûr, de la France » pour une durée de deux heures. Dans la salle des quatre colonnes, les journalistes attendaient les députés quelques minutes avant l’ouverture de la session

« Le Grexit serait une catastrophe »

Le député PS Laurent Baumel s’est, le premier, arrêté devant les micros. « On ne peut pas faire comme si le référendum n’avait pas eu lieu. La France n’a pas assez défini sa position. J’attends du président qu’il dise que la Grèce ne doit pas sortir de la zone euro. Le Grexit serait une catastrophe ».

Le frondeur se félicite de l’initiative du Premier ministre mais regrette l’absence de vote. « J’aurais préféré qu’une résolution soit votée pour affirmer clairement la position de la France ». Le ton se durcit quand on l’interroge sur l’attitude d’Alexis Tsipras, venu les mains dans les poches à Bruxelles. « Arrêtons de traiter les Grecs comme des enfants. Alexis Tsipras est le premier ministre d’un pays important dans l’histoire de l’Europe. Il n’a pas à obéir au doigt et à l’œil. L’UE n’est pas une salle de classe ».

« Le peuple grec en a assez. Quittons nous bons amis »

« Cette crise provient d’une zone euro mal ficelée dès l’origine », lance Julien Aubert, député Les Républicains. « Il y a eu une confusion entre l’Euro et l’Union Européenne. Certains pays n’auraient jamais dû entrer dans la zone euro. Cela fait trente ans que l’on accroît cet espace, mais quand on pose la question aux peuples, on s’aperçoit qu’ils ne veulent pas aller plus loin ». Le député du Vaucluse estime qu’il faut tirer les conséquences du vote de dimanche. « Le peuple grec en a assez. Il faut le respecter. Ils nous ont dit non, quittons-nous bons amis ».

A quelques mètres de là, son collègue Eric Ciotti est plus prudent. « Personne ne peut souhaiter un Grexit, ce serait un échec ». Le député des Alpes-Maritimes est pourtant très virulent à l’endroit du premier ministre grec. « L’Europe ne peut céder au chantage de Tsipras. C’est la Grèce qui a besoin de l’Europe, pas l’inverse. On ne doit pas céder aux provocations d’un gouvernement d’extrême gauche qui veut plus détruire que construire. Stop au chantage », lâche-t-il, agacé.

Le député Les Républicains attend que « la France soit solidaire avec l’Allemagne » et cible le chef de l’Etat français. « On sent François Hollande prisonnier de ses compromissions internes et ses alliances avec l’extrême gauche. La position française est totalement inaudible. ».

« Des rapports de force entre nations »

Même constat pour Nicolas Dupont-Aignan. « La position mi-chèvre mi-choux de Hollande est incompréhensible. Les Allemands veulent punir les Grecs, moi je souhaite un Grexit intelligent ». Le président de Debout la France développe. « La question est de savoir ce qui est possible. La Grèce doit dévaluer sa monnaie, mais dans le cadre de l’euro, c’est impossible. La seule solution acceptable est une sortie accompagnée ».

Malek Boutih s’arrête quand les tambours de la Garde républicaine se font entendre, la séance va débuter. « Le gouvernement grec a construit sa position sur des "non". Il n’y a eu aucune proposition ». Le député PS de l’Essonne estime que la crise a maintenant changé de dimension. « Le débat n’est plus technique, mais politique. Aujourd’hui, il n’y a plus que des rapports de force entre nations. Le résultat de dimanche ne doit pas permettre de faire n’importe quoi », glisse-t-il avant de filer dans l’hémicycle.