Une triangulaire et deux têtes d'affiche

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Le député Jean Lassalle, figure emblématique de l'UDF depuis son combat pour l'emploi dans la vallée d'Aspe, paye sa fidélité à François Bayrou d'une triangulaire difficile où il est menacé par un candidat que l'UMP a lancé à la conquête de son fief pyrénéen.
Le député Jean Lassalle, figure emblématique de l'UDF depuis son combat pour l'emploi dans la vallée d'Aspe, paye sa fidélité à François Bayrou d'une triangulaire difficile où il est menacé par un candidat que l'UMP a lancé à la conquête de son fief pyrénéen. — Alain Guilhot AFP/Archives

C'est une bataille d'hommes, plus que de partis, qui se déroule dans la 4ème circonscription des Pyrénées Atlantiques, la seule triangulaire de France. Cette circonscription recouvre près de la moitié du département, à cheval sur le Béarn et le Pays Basque.

D'un côté il y a le médiatique député sortant UDF-MoDem, Jean Lassalle, connu pour ses 39 jours de grèves de la faim à l'Assemblée nationale. Avec 29,3% des voix, il s'est laissé distancer au premier tour par le fringuant maire d'Oloron et candidat UMP, Hervé Lucqbéreilh qui a recueilli 31,3% des suffrages. Le troisième homme, le candidat PS, Jean-Pierre Domecq, avec près de 20% des voix veut lui encore y croire. «En additionnant les voix de gauche j'arrive au même score que les deux autres», explique-t-il.

Ils arpentent les marchés

Le scrutin s'annonce donc serré même si les regards se concentrent sur les deux têtes d'affiches: 1.000 voix les séparent. Tous deux élus dans la majorité du Conseil général, ils sont tous deux défenseurs des zones de montagne. En 2002, Hervé Lucqbéreilh s'était désisté en faveur du candidat UDF. Il lui a demandé en début de semaine de renvoyer l'ascenceur, d'autant que dans la deuxième circonscription, celle de François Bayrou, le candidat UMP Jean-Pierre Mariné a jeté l'éponge. Sans surprise, Jean Lassalle a refusé.

Alors pour faire la différence ils arpentent les marchés. Vendredi matin à la sous-préfecture d'Oloron, mercredi à Navarrenx, chacun développe ses arguments, bien loin des débats sur la TVA sociale ou les heures supplémentaires. Jean Lassalle entonne des chansons en béarnais et fait la bise aux femmes. Plus sobre, le candidat UMP, goûte les fromages et rappelle son bilan de maire. «J'ai fait baisser le chômage de 9 à 6%».

«Quel poids pour le MoDem?»

La grève de la faim de Jean Lassalle, contre le projet de délocalisation de l'entreprise Toyal installée en vallée d'Aspe, reste dans les esprits. «C'est un homme courageux», juge ainsi Daniel habitant de la vallée de Barétous, voisine de celle du député sortant. De gauche depuis toujours, Jean, habitant d'Oloron pourrait lui donner sa voix «pour contrer la vague bleue». Le candidat PS, souffrant d'un déficit de popularité, alerte contre cette tentation. «Avec François Bayrou, ça ferait seulement 2 députés MoDem à l'Assemblée. Quel poids pourraient-ils avoir?». «Nous saurons nous faire entendre!», rétorque celui qui avait entonné dans l'hémicycle, il y a quelques années l'hymne Pyrénéen pour protester contre l'absence de gendarmerie dans sa vallée.

Mais la clé du scrutin pourrait se trouver dans la partie basque de la circonscription où le parti Leuskal Herria Bai a récolté plus de 6% des voix. Il n'a donné aucune consigne de vote pour le deuxième tour. Si le candidat MoDem s'affirme favorable à un rapprochement entre Pays Basque espagnol et français, le candidat UMP a pour lui son suppléant Benat Inschaupé. Je n'ai pas la chance d'avoir un suppléant champion du monde de pelote basque », a ironisé Jean Lassalle déterminé «avec des braises dans le sang, à se battre jusqu'au bout».

Envoyée spéciale dans la circonscription Marie Gasc