FN: Une victoire pour Jean-Marie Le Pen, mais de courte durée

POLITIQUE La justice a annulé la suspension de Jean-Marie Le Pen en tant qu'adhérent FN, mais le parti vote au même moment pour supprimer sa présidence d’honneur…

Anne-Laëtitia Béraud

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Marine Le Pen et son père Jean-Marie au 15e congrès du Front national à Lyon, le 29 novembre à Lyon
Marine Le Pen et son père Jean-Marie au 15e congrès du Front national à Lyon, le 29 novembre à Lyon — Jeff Pachoud AFP

Le Front national n’en a pas fini avec le « menhir ». La justice a donné raison ce jeudi à Jean-Marie Le Pen face au parti qui l’a suspendu le 4 mai, après des propos controversés sur RMC et dans Rivarol.

Le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) a annulé la suspension de Jean-Marie Le Pen du FN pour une question de forme. Le parti « devra rétablir Jean-Marie Le Pen dans tous les droits attachés à sa qualité d’adhérent et le cas échéant à celle de président d’honneur », précise le jugement. Avec cette décision, le cofondateur et chef historique du FN redevient, au minimum, adhérent du parti, même si elle ne le rétablit pas de facto président d’honneur.

Vote des adhérents

Jean-Marie Le Pen s’est félicité ce jeudi après-midi sur Twitter de cette décision de justice Twitter :

Au parti, la réaction est mesurée, voire glaciale: Le FN « prend acte » mais va faire appel, annonce un communiqué en début d'après-midi. Et souligne « qu’en tout état de cause, ce jugement n’aura qu’un seul effet: Permettre à Jean-Marie Le Pen de voter dans le cadre du congrès dont les résultats seront connus dans 8 jours, c’est-à-dire le 10 juillet prochain. »

Car la victoire de Jean-Marie Le Pen ne devrait être que de courte durée. Le parti organise en ce moment un congrès extraordinaire par voie postale pour soumettre les nouveaux statuts du FN où ne figurent plus de présidence d’honneur. Les courriers ont été envoyés le 22 juin et les adhérents ont jusqu’au 10 juillet pour envoyer leur bulletin de vote.

Suppression de la présidence d’honneur du FN

Si Jean-Marie Le Pen a plusieurs fois appelé ses partisans à ne pas prendre part à ce vote, les adhérents devraient, sauf retournement extraordinaire de situation, approuver les nouveaux statuts. «Avec cette décision de justice, c'est une victoire à la Pyrrhus pour Jean-Marie Le Pen», souligne l'historien spécialiste de l'extrême droite Nicolas Lebourg.

Mais, même en restant un simple adhérent, il reste au «menhir» un atout de taille: Les 4 millions d'euros de l'association de financement qu'il préside, Cotelec. «Pour ces quatre millions d'euros qui traînent, il y a bien peu de chances que Jean-Marie Le Pen les laisse de bon gré à Florian Philippot», commente Nicolas Lebourg. Un argument financier que conteste l'un des responsables frontistes: «Cotelec rassemble des dépôts d'adhérents. Si l'attitude de Jean-Marie Le Pen devient hostile, il suffirait qu'on leur demande de retirer leurs dépôts et cela ne serait plus un problème». 

Capacité de nuisance relative

Quant à la capacité de nuisance du vieux chef, elle reste relative selon ce frontiste qui estime qu'en cas de nouveau conflit, une exclusion de Jean-Marie Le Pen reste possible. «Jean-Marie Le Pen peut bien taquiner Marine Le Pen» en allant par exemple rencontrer les partis infréquentables Aube dorée ou Jobbik, relève Nicolas Lebourg, «l'opinion semble cependant avoir acté le passage flambeau entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen. Le FN est et reste un parti très personnel, et les "Jean-Marinistes" sont désormais écartés des postes éligibles».