Mort de Charles Pasqua: De la Corse aux ministères, en passant par la Résistance et Pernod-Ricard

NECROLOGIE Figure du gaullisme, l'ancien sénateur des Hauts-de-Seine s'est éteint ce lundi...

C.Q. avec AFP

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Charles Pasqua, le 16 Avril 2013
Charles Pasqua, le 16 Avril 2013 — ALEXIS REAU/SIPA /

Charles Pasqua est mort ce lundi après-midi à l’âge de 88 ans, selon le site du magazine Le Point, sur la foi d’un communiqué de la famille. Une information confirmée par BFMTV et l’AFP. L’homme politique est décédé à l’hôpital Foch, à Suresnes. Selon le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, qui s’exprimait sur France Info, il a succombé à un accident vasculaire cérébral (AVC).

Dans un communiqué, l’ensemble des élus du conseil départemental des Hauts-de-Seine, qu’il a présidé de 1973 à 1976 et de 1988 à 2004, « fait part de sa profonde tristesse et adresse à sa famille ses sincères condoléances. » L’ancien ministre de l’Intérieur, figure du RPR puis de l’UMP, venait de perdre son fils unique, Pierre-Philippe, mi-février, à l’âge de 67 ans.

Prison avec sursis

Ancien ministre de l’Intérieur, ex-sénateur des Hauts-de-Seine, Charles Pasqua avait mis un terme en 2011 à sa carrière politique, marquée par une part d’ombre liée à ses activités au sein de services d’ordre parallèles, ses réseaux africains et ses démêlés judiciaires. Il était apparu la dernière fois en public le 30 mai pour le congrès fondateur des Républicains.

Cité dans près d’une dizaine d’affaires (financement politique, vente d’armes à l’Angola), il avait été condamné définitivement en 2010 dans deux dossiers : à 18 mois de prison avec sursis pour le financement illégal de sa campagne européenne de 1999, via la vente du casino d’Annemasse (Haute-Savoie), et à un an avec sursis par la Cour de justice de la République (CJR) dans l’affaire des détournements de fonds au préjudice de la Sofremi (exportation de matériel de sécurité). L’ancien député européen avait également été condamné à un an de prison avec sursis par la Cour de justice de la République pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux » le 30 avril 2010.

Charles Pasqua et la justice

Né le 18 avril 1927 à Grasse (Alpes-Maritimes), Charles Pasqua, petit-fils de berger corse, s’était engagé à 16 ans dans la résistance et, gaulliste convaincu, il avait adhéré dès 1947 au Rassemblement du peuple français (RPF). Il avait fait carrière dans la société Pernod-Ricard. Entré à 16 ans dans la Résistance, il avait suivi le général de Gaulle. Elu député pour la première fois en 1968, il avait fondé avec Jacques Chirac le RPR en 1976.

Le parrain de Chirac et de Sarkozy

Pièce maîtresse de l’équipe de Jacques Chirac dans les années 1980, Il était devenu ministre de l’Intérieur en 1986-1988 dans le gouvernement Chirac, sous la présidence de François Mitterrand. Il avait à nouveau occupé cette fonction avec rang de ministre d’Etat entre 1993 et 1995 dans le gouvernement d’Edouard Balladur, qu’il avait d’ailleurs préféré à Jacques Chirac lors de la présidentielle de 1995.

En vidéo, le premier conseil des ministres de la cohabitation de 1986. A 2'46, Charles Pasqua mime qu'il n'a rien à déclarer.

Il a laissé son nom à une législation restreignant le droit d'asile en juin 1993, a présidé à l'arrestation des membres d'Action directe en 1987, du terroriste Carlos en août 1994, ainsi qu'à la "neutralisation" en décembre 1994 sur l'aéroport de Marseille d'un commando qui avait détourné un Airbus parti d'Alger.

Charles Pasqua s'est également illustré, avec l'aide de son ami Jean-Charles Marchiani, dans la libération des otages français du Liban en 1988, ainsi que dans celle, en 1995, des pilotes français capturés en Bosnie, sans qu'en aient été clairement élucidées les modalités et conditions.

Pilier des Hauts-de-Seine, il s’était fait souffler la mairie de Neuilly-sur-Seine en 1983 par un jeune et ambitieux Nicolas Sarkozy, dont il avait contribué à l’ascension et dont il était redevenu proche par la suite. Il avait claqué la porte du RPR en 1999 pour fonder et présider un temps le Rassemblement pour la France (RPF), parti souverainiste, à la tête duquel, associé avec Philippe de Villiers, il avait fait un meilleur score que la liste RPR-DL de Nicolas Sarkozy.