#DirectPolitique: «La Grèce a déconné, est-ce une raison pour faire souffrir le peuple?», s'interroge Pierre Larrouturou

POLITIQUE Le fondateur de Nouvelle Donne était l’invité de « 20 Minutes », Linternaute.com et « Ouest-France » ce mardi à 8 h 30…

David Blanchard

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Pierre Larrouturou, fondateur du parti Nouvelle donne
Pierre Larrouturou, fondateur du parti Nouvelle donne — C.GONTHIER // 20 MINUTES

Pierre Larrouturou, le porte-parole de Nouvelle-Donne, était l’invité de #DirectPolitique, l’émission politique de 20 Minutes, Linternaute.com et Ouest-France ce mardi 30 juin à 8h30.

La Grèce ne remboursera pas les 1,6 milliard d’euros qu’elle doit au FMI avant ce mardi minuit, faute d’accord sur une aide de ses partenaires européens. Pour autant, Tsipras est-il en train de gagner son bras de fer ?

Ce matin, Juncker propose un rééchelonnement. On peut espérer que les choses bougent. Il y a eu des erreurs des deux côtés. La Grèce a déconné, les gouvernements grecs ont menti il y a dix ans sur leurs comptes. Est-ce une raison pour faire souffrir le peuple ? Aujourd’hui des enfants n’ont pas de médicament. Il y a un deux poids, deux mesures. On exige un excédent de 2 %. En France, on est à -4 %. On asphyxie la Grèce. Il faut encore des efforts, mais ce n’est pas en asphyxiant le peuple qu’on va y arriver. La BCE crée tous les mois 60 milliards d’euros pour les banques, gratos. Qu’on ne me dise pas qu’on ne peut pas trouver six milliards.

Était-il raisonnable d’organiser un référendum aussi vite ?

Je préfère un Premier ministre qui fait appel à un référendum à un Premier ministre qui fait appel au 49-3 pour faire taire ses députés. M.Tsipras aurait pu l’annoncer deux mois avant, là il prend tout le monde par surprise. Je trouve anormal qu’on critique les référendums. On ne doit pas avoir peur du peuple en démocratie. C’est étonnant comme façon de faire, mais ceux qui veulent saboter les négociations, c’est pour des raisons politiques aussi. Le gouvernement espagnol voulait planter la négociation. C’est un Espagnol qui a expliqué que les banques grecques ne rouvriraient peut-être pas lundi, ce qui a créé un début de panique. M. Rajoy n’a aucune envie que Tsipras fasse bouger les lignes car il a peur que chez lui Podemos gagne les élections dans quelques mois. Une tentative de déstabilisation de l’Espagne ? La réponse est oui.

François Hollande a-t-il assez de leadership dans ce dossier ?

François Hollande nous a dit : « C’est une erreur d’avoir mis le FMI dans la négociation ». Il le dit dans son bureau. Pourquoi il ne le dit pas publiquement ? Hollande ne fait pas ce qu’il faut. Il faut expliquer au peuple. Il a dit qu’on allait réorienter l’Europe. Il n’y a pas eu de changement de cap. On n’a pas besoin du FMI pour régler nos problèmes. C’est incroyable que les 1.000 milliards, on veuille les donner aux marchés financiers. Pour le moment, on est à deux doigts d’un chaos. On prépare une crise encore plus grande.

Parmi vos propositions, vous souhaitez une séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires. Une promesse du candidat Hollande insuffisamment mise en œuvre selon vous ?

On sous-estime le lobby bancaire. Je me souviens d’une discussion avec Henri Guaino à l’Elysée. Il me disait : « Je partage votre inquiétude ». Henri Guano a fini par me cracher le morceau. Il m’a dit que celui qui avait l’oreille du président, c’était Michel Pébereau, le patron de BNP Paribas ! Je le dis publiquement, oui, il y a un problème de lobby des banques. Au niveau européen, dix pays ont décidé de mettre en place une taxe Tobin. Mme Merkel est d’accord pour dégager 70 milliards. Qui bloque ? C’est Michel Sapin, le gouvernement socialiste français influencé par les lobbies bancaires. Hollande n’a pas fait la séparation des banques et n’a pas instauré la taxe Tobin. Si on avait mis une taxe Tobin depuis un an, le problème de la Grèce serait réglé.

Y aura-t-il des candidats Nouvelle Donne aux prochaines élections?

Le programme de Nouvelle Donne est global. Une candidature à la présidentielle en 2017 ? Je ne vous dis pas non. La question des présidentielles est fondamentale, mais on montre qu’on peut faire de la politique tous les jours. La politique, ce n’est pas seulement : «Votez pour moi, je suis moins nul que les autres». Podemos a gagné parce qu’ils étaient sur le terrain. Dans certaines régions, on va aller aux régionales. En Rhône-Alpes-Auvergne, il y aura un rassemblement avec EELV et d’autres formations, des associations. Le débat, c’est : est-ce que ce rassemblement est vraiment utile ? Dans certains endroits, ça marche, dans d’autres ça ne convainc pas.