Le parti Nouvelle donne se déchire à quelques mois des régionales

ELECTIONS Soixante militants et responsables claquent la porte de la formation coprésidée par l'économiste Pierre Larrouturou...

Anne-Laëtitia Béraud

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Pierre Larrouturou, de Nouvelle Donne, le 31 janvier 2014 à Paris.
Pierre Larrouturou, de Nouvelle Donne, le 31 janvier 2014 à Paris. — BALTEL/SIPA

Scission à Nouvelle Donne : Soixante militants et responsables de la formation de gauche coprésidée par l’économiste Pierre Larrouturou et Karine Druelles ont annoncé dimanche leur démission. Dans une tribune publiée par Mediapart, signée par la députée (ex-écologiste) Isabelle Attard et le porte-parole Joseph Boussion, ces membres déplorent l’inefficacité du mouvement créé il y a 18 mois.

Lire l’interview de Pierre Larrouturou : « Aucun espoir de reprise si on ne change pas de politique »

« Nous savons, chacun à notre niveau, que Nouvelle Donne ne changera rien à la vie politique », jugent-ils dans cette tribune. « Nous avons constaté que "faire de la politique autrement" s’est transformé en dogme d’exclusion (…) par ceux qui ne veulent, finalement, pas faire de politique du tout. » « Notre organisation a un train de retard », dénoncent-ils encore, regrettant que « le parti du renouvellement des pratiques est désormais le jouet d’une oligarchie ».

« Tentation de rester entre nous »

« Après les européennes de 2014, il y avait un enthousiasme qui a accompagné la mise en place des statuts. Puis le mouvement s’est essoufflé », explique Isabelle Attard à 20 Minutes. Les dissensions sont devenues intenables dans la perspective des élections régionales de décembre 2015.

Sur le terrain, des groupes locaux de Nouvelle Donne négocient des accords politiques avec des écologistes et des membres du Parti de Gauche. Mais, selon la députée, « ils sont découragés » par l’instance nationale de Nouvelle Donne – son « conseil citoyen »- qui refuse par ailleurs de prendre une position officielle avant la fin août.

« A un moment, il faut savoir trancher sur une ligne politique, même si cela revient à en peiner quelques-uns », estime l’élue du Calvados. « A faire traîner les choses, on décourage, on démobilise les candidatures et les électeurs. Et puis, il y a cette tentation de rester "purs", entre nous, et ne pas parler avec d’autres organisations qui ont aussi des idées ! », déplore cette parlementaire.

« Personne n’est irremplaçable »

Des alliances électorales refusées par Pierre Larrouturou. « S’offrir aux écologistes et au Parti de Gauche ne suffit pas à construire une dynamique politique », explique à 20 Minutes le coprésident de Nouvelle Donne. « Prenez l’exemple de Clichy-la-Garenne [qui a vécu une municipale partielle les 14 et 21 juin 2015]. La candidate écologiste soutenue par le Front de gauche et Nouvelle Donne a fait 11 % au premier tour et la droite a balayé la gauche ».

Dans la perspective des régionales, l’économiste refuse toute précipitation in fine contreproductive. « Nous sommes une formation qui se construit, et dans une situation politique complexe, nous avons besoin d’un peu de temps pour débattre et nous mettre d’accord », estime Pierre Larrouturou. Le débat sur les régionales et les éventuels accords électoraux se tiendra fin août lors des journées d’été du mouvement, avant un vote en septembre.

Quant à la lourdeur des statuts de Nouvelle Donne, Pierre Larrouturou affirme que des statuts « plus légers » seront mis en place courant juillet. Un coprésident qui conclut : « Je regrette ces récents départs. Ce sont des intelligences qui s’en vont, mais personne n’est irremplaçable ».

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