Ce que les nouveaux statuts du Front national vont changer au parti de Marine Le Pen

POLITIQUE Les 40.000 adhérents ont jusqu’au 10 juillet pour approuver ces nouveaux statuts qui suppriment notamment le titre de président d’honneur jusqu’ici occupé par Jean-Marie Le Pen…

Vincent Vantighem

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La présidente du Front national et députée européenne Marine Le Pen, le 10 juin 2015 au Parlement européen à Strasbourg.
La présidente du Front national et députée européenne Marine Le Pen, le 10 juin 2015 au Parlement européen à Strasbourg. — FREDERICK FLORIN AFP

« Des circonstances exceptionnelles… » Voilà les mots choisis par Marine Le Pen pour expliquer aux 40.000 adhérents du Front national la modification des statuts du parti. Ce que la présidente nomme ainsi renvoie inévitablement à la violente crise qui l’a opposée à son père dans le courant du mois de mai.

Suspendu du parti, Jean-Marie Le Pen dénonce une « félonie  »

Dans un courrier adressé aux adhérents de son parti et révélé par L’Opinion et Le Figaro, la présidente du FN dévoile les nouveaux statuts qui doivent être approuvés d’ici au 10 juillet. Les 40.000 membres du FN n’ont qu’un mot à renvoyer : « oui » ou « non ». Car, comme le pense la présidente, « il n’est plus possible de diriger efficacement le Front national en voyant régulièrement détruit votre travail et le mien. » Une initiative qui déplaît forcément à Jean-Marie Le Pen, qui appelle les adhérents à boycotter le scrutin.

20 Minutes a passé au crible ces nouveaux statuts.

La présidence d’honneur est supprimée

Le fameux « article 11 bis » qui permettait à Jean-Marie Le Pen d’être « membre de droit de toutes les instances du parti » est tout simplement supprimé. Il n’y a plus de président d’honneur du Front national dans les nouveaux statuts. Il faut se souvenir que lors du congrès de Tours (Indre-et-Loire) en 2011, cette solution avait été trouvée pour permettre à Jean-Marie Le Pen de rester un homme fort du parti tout en en cédant les rênes à sa fille. « Foin de regrets, le passé fut si beau », disait à l’époque le « vieux lion ».

Front national : Au nom du père et de la fille…

Adhérent d’un seul parti, et puis c’est tout

Jusqu’à présent, les membres du Front national pouvaient, le cas échéant, être également membres d’un autre groupement politique. Ce ne sera plus possible si les nouveaux statuts sont approuvés. L’article 8 prévoit ainsi l’exclusion du parti de toute personne qui serait également adhérente d’« un groupement politique de droit ou de fait ». Une précaution à peine voilée alors que Jean-Marie Le Pen a annoncé son intention de créer  « une association des amis de Jean-Marie Le Pen ».

Des référendums internes

Seul le président peut en décider, après avis du conseil d’administration. Marine Le Pen prévoit désormais la possibilité d’organiser des référendums internes au Front national. « Le président peut consulter les adhérents. Ces consultations peuvent être générales, catégorielles ou territoriales », prévoit ainsi l’article 17. Cela représente une grande nouveauté pour le parti.

Les instances de décision redéfinies

Exit le « comité central » et ses 121 membres. Et bienvenue au conseil national. Dépoussiérant les statuts, Marine Le Pen prévoit notamment de revisiter les instances décisionnaires du Front national. La principale modification apparaît dans l’article 23. Il prévoit la création d’un conseil national élargi composé des membres du conseil d’administration, du conseil national, des secrétaires départementaux et régionaux, des parlementaires nationaux et européens, des conseillers départementaux et régionaux et des membres pour débattre de la vie interne du parti. En clair, une armée mexicaine où chaque membre disposant d’un mandat peut s’exprimer (environ 400 personnes).

A noter qu’il faut d’ailleurs se prévaloir du soutien de 20 % de ce conseil national élargi pour se présenter à la présidence du parti. Seule satisfaction pour Jean-Marie Le Pen : son mandat de député européen devrait lui permettre de siéger dans cette instance.