Nationalité: Entre le droit du sang et le droit du sol, le cœur des Républicains balance

IMMIGRATION Le caractère automatique du droit du sol dans l'acquisition de la nationalité française agite le parti de droite…

A.-L.B., vidéo M. D.

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Nicolas Sarkozy, président du parti Les Républicains, le 10 juin 2015 à Puteaux.
Nicolas Sarkozy, président du parti Les Républicains, le 10 juin 2015 à Puteaux. — WITT/SIPA

Alors que l’afflux de migrants en Méditerranée questionne l’Europe, Nicolas Sarkozy agite Les Républicains avec les principes d’acquisition de la nationalité française. Lors d’une réunion avec des adhérents samedi, l’ancien chef de l’Etat s’est interrogé sur le droit du sol. « Faut-il remettre en cause le droit du sol ? Cette question, incontestablement, peut se poser », a-t-il déclaré devant des militants.

Droit du sol, droit d’asile : De quoi parle-t-on ?

L’interrogation de Nicolas Sarkozy surprend : En effet, le président des Républicains a jusqu’alors défendu le principe du droit du sol. En 2003, il s’est illustré lors d’un débat face à Jean-Marie Le Pen, alors président du Front national, en expliquant que « le droit du sang est une bêtise. (…) Le droit du sol fait partie de nos traditions ». Neuf ans plus tard, lors de la campagne présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy a expliqué que « le droit du sol, c’est la France ».

Serpent de mer à droite

Mais, évolution personnelle ou tentative de séduction des électeurs à droite de la droite à l’approche de la primaire de 2016, la « question » de Nicolas Sarkozy n’a rien de neuf. Les principes d’acquisition de la nationalité française sont en effet un serpent de mer à droite. De Valéry Giscard d’Estaing en 1991 à Jean-François Copé en 2013 (voir la vidéo ci-dessous), en passant par François Baroin en 2005, nombre d’élus du parti majoritaire à droite se sont érigés contre l’automaticité du droit du sol.

Mi-mai, Eric Ciotti a relancé le débat en appelant à « un droit du sang, et un droit du sol maintenu pour les ressortissants de l’Union européenne », lors de l’émission Questions d’info. Pour le député et président du conseil général des Alpes-Maritimes, seuls les enfants nés en France de parents ressortissants de pays de l’Union européenne bénéficieraient automatiquement du droit du sol. Et les enfants de parents issus de pays non-membres de l’Union européenne n’obtiendraient plus automatiquement la nationalité française à leur majorité.

« On ne rejette pas son histoire »

Farouche soutien du droit du sang, cette mesure « pas très politiquement ou médiatiquement correcte », le député de la Drôme Hervé Mariton bat cependant en brèche la proposition de d’Eric Ciotti. Pour ce « libéral sur les questions économiques et conservateur sur les questions de société », le raisonnement d’Eric Ciotti ne tient pas. « Selon lui, il faudrait réserver le droit du sang aux non-Européens. Ce qui veut dire qu’il y aurait une nationalité européenne ? Et non plus une nationalité française ? Mais quelle est la cohérence de ce principe ? », s’interroge l’ex-candidat à la présidence de l’UMP auprès de 20 Minutes.

>> Actuellement, la France use du droit du sol ET du droit du sang

Autre candidat, mais celui-ci à la primaire à droite de 2016, Xavier Bertrand est également favorable à une évolution du droit de la nationalité. Fin 2013, il a précisé que « le droit du sol ne suffit plus aujourd’hui » dans l’émission #DirectPolitique de 20 Minutes, linternaute.com et Ouest-France. Avant de se préciser qu’il soutient « un droit de la volonté ». Une proposition rejetée par l’ancien Premier ministre François Fillon, qui a expliqué lundi au Monde que « la France est depuis longtemps un pays acquis au droit du sol (…). On ne rejette pas son histoire. »