Islam de France: Naissance lundi d'une large «instance de dialogue»

RELIGION La représentation des musulmans de France est à revoir, tout en respectant les principes français de la laïcité...

20 Minutes avec AFP

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Marseille le 6 novembre 2011 - La Grande Prière Collective de Aïd el Adha ou Aïd el Kebir dans un hall du parc chanot
Marseille le 6 novembre 2011 - La Grande Prière Collective de Aïd el Adha ou Aïd el Kebir dans un hall du parc chanot — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Les prémices d'une instance représentative des musulmans de France? Le gouvernement organise lundi la première réunion d'une large «instance de dialogue avec l'islam de France», caressant l'espoir de refonder la relation de l'Etat avec les acteurs d'une communauté musulmane en mal de représentants mais pas de sujets de débats. Entre 120 et 150 responsables de fédérations, recteurs de mosquées, imams, aumôniers, théologiens, islamologues et personnalités de la société civile, sans compter les représentants des pouvoirs publics, participeront à cette demi-journée de débats au ministère de l'Intérieur.

Un critère pour rassembler les divers courants: le respect de la laïcité

Des soufis tenants d'un islam mystique aux prédicateurs littéralistes du Tabligh, en passant par les Frères musulmans, un large éventail de sensibilités sera représenté. Seuls critères de participation, au-delà de la légitimité cultuelle des invités: «L'adhésion au principe de laïcité» et le «respect des lois et des valeurs de la République».

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Un forum d'échange une ou deux fois par an

L'exercice est délicat pour le gouvernement: s'il souhaite avoir un dialogue plus étroit avec l'islam, ébranlé par le phénomène de radicalisation djihadiste et la montée des actes antimusulmans, il n'a pas vocation à organiser les affaires d'une religion, loi de 1905 oblige. «Il ne s'agit pas de créer une organisation nouvelle des Français de confession musulmane, ni de constituer une enceinte de négociation devant déboucher sur des décisions immédiates», a prévenu le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, dans la lettre envoyée aux invités. La perspective est plutôt de «réunir un forum d'échanges régulier» - une à deux fois par an - entre l'Etat et les musulmans, deuxième communauté confessionnelle de France, avec environ 5 millions de membres, pratiquants ou non.

Pourquoi la représentation des musulmans de France est à revoir

«L'objectif n'est pas de remplacer le CFCM»

La réunion sera ouverte par le Premier ministre, Manuel Valls, auquel succèdera à la tribune Dalil Boubakeur, président, jusqu'au 30 juin, du Conseil français du culte musulman. Une manière de montrer que le CFCM, largement critiqué pour ses défaillances, ses querelles internes et son manque de représentativité, sera «au coeur de l'instance de dialogue», selon l'expression de la Place Beauvau. «Si l'objectif n'est pas de remplacer le CFCM, la démarche est intéressante et on n'a aucune raison de ne pas y participer», a confié à l'AFP Anouar Kbibech, prochain président de ce conseil. La première réunion de l'instance sera conclue par Bernard Cazeneuve, qui devrait préciser la suite du calendrier, avec la éventuellement des groupes de travail sur tel ou tel thème, a indiqué son entourage.

La formation des aumôniers et des imams?

Le ministre chargé des cultes pourrait aussi faire des annonces, notamment sur l'obligation d'une formation universitaire civile et civique pour les aumôniers pénitentiaires, voire le contrôle de la maîtrise du français par les imams détachés par des pays étrangers, selon l'Intérieur. La sécurité des lieux de culte et l'image parfois dégradée de l'islam dans les médias et l'opinion publique fera l'objet d'une table ronde dont le rapporteur sera Abdallah Zekri, président de l'Observatoire national contre l'islamophobie au CFCM, selon une source proche du dossier.

L'imam Ahmed Miktar, gravitant dans la mouvance «frériste», devrait résumer les travaux relatifs à la formation et au statut des aumôniers et cadres religieux. Quant à Mohammed Moussaoui, ancien président du CFCM, il s'occupera des pratiques rituelles: la certification du halal, le nombre insuffisant d'abattoirs, les éventuels abus financiers liés au pèlerinage à la Mecque (hajj) ou le manque de carrés musulmans dans les cimetières sont parmi les sujets de préoccupation les plus souvent cités par les fidèles. Le sujet de la radicalisation, en revanche, ne donnera pas lieu à un atelier spécifique, cinq mois après les attentats parisiens.