Voyage de Valls à Berlin: La «footboulette» du Premier ministre

REVUE DE PRESSE Les éditorialistes de tout bord dénoncent l’attitude du Premier ministre dans l’affaire du voyage en jet privé…  

O. G. avec AFP

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Manuel Valls au coeur du cyclone après son déplacement express pour le match de la Ligue des Champions samedi dernier.
Manuel Valls au coeur du cyclone après son déplacement express pour le match de la Ligue des Champions samedi dernier. — AFP

Ironie, maximes ou analyses politiques, les éditorialistes s’en donnent à cœur joie pour critiquer le voyage berlinois de Manuel Valls et sa défense hasardeuse. « A garder la tête trop haute, on finit souvent par avoir la tête en l’air », philosophe par exemple Frédéric Vézard dans Le Parisien/Aujourd’hui en France.

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Dans Libération, Laurent Joffrin souligne le désamour croissant du public pour la chose politique. « L’écart aérien de Manuel Valls, dans une période où la défiance envers les hommes politiques ne cesse de s’épaissir, est bien une faute éthique et politique qui plonge la gauche du gouvernement dans un cruel embarras. »

« L’effet conjugué d’une mauvaise manière, d’une erreur d’appréciation et d’une défense hasardeuse »

Cécile Cornnudet souligne dans Les Echos que ce faux pas gâche une séquence politique somme toute positive. « Comment une simple maladresse peut compromettre une bonne séquence politique. L’escapade footballistique de Manuel Valls est en train de devenir un cas d’école. Le discours du Premier ministre à Poitiers samedi a, contre toute attente, été longuement applaudi au congrès socialiste ; ce mardi, ses propositions en faveur des PME ont plutôt été bien accueillies par ces dernières. Et pourtant, que risque-t-on de retenir de Poitiers et de Paris ? Le faux pas de Berlin. Un faux pas devenu vrai problème, par l’effet conjugué d’une mauvaise manière, d’une erreur d’appréciation et d’une défense hasardeuse. (…)»

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Dans L’Union, Sébastien Lacroix n’y va pas avec le dos de la cuillère. « Dans les pays anglo-saxons, ce genre de micmac provoque une démission immédiate. Chez nous, les erreurs politiques servent juste de monnaie d’échange entre partis. »

Bruno Dive suggère au Premier ministre deux solutions dans Sud-Ouest. « La première, que l’on pourrait appeler la solution Sarkozy, serait de rembourser à l’État les frais du voyage, comme l’ancien président l’avait fait en 2011 après un déplacement comparable. Sinon il prendrait le risque de se voir acculer à la seconde, la solution Joyandet, du nom de ce secrétaire d’État UMP débarqué après avoir loué un jet privé aux frais de l’État. La République exemplaire, c’est maintenant », ironise le chroniqueur.

Dans La Presse de la Manche, Jean Levallois souligne l’ironie de la situation. « Plus que le scandale, c’est le ridicule de la situation qui l’emporte. Car Manuel Valls, avec cette vigueur, cette intransigeance qui le caractérise pour fustiger les voyages de Nicolas Sarkozy, les dérives en tout genre, l’utilisation des services de l’État, par exemple en finançant des sondages durant le précédent quinquennat, s’est campé en moralisateur de la vie publique. »

La « footboulette »

Mais la palme de la formule revient à Denis Daumin qui invente dans La Nouvelle République du Centre Ouest le terme de « footboulette. On se concentre sur cette balle perdue et tout le plan d’attaque de l’emploi via les PME hier, est passé à la trappe. Les voyages à Berlin, il faut dire, n’ont jamais réussi aux Français, c’est historique. »

Dans Ouest France, Pierre Cavret souligne la rupture entre Manuel Valls et l’aile gauche du PS. « Dans ce contexte aussi politique qu’économique, l’objectif pour l’exécutif est bien d’assouplir des règles, en urgence, en complément de plans d’actions inclus dans les lois Macron et Rebsamen, actuellement en discussion. Des lois dont les effets sur notre quotidien se font malheureusement attendre alors que le monde bouge autour de nous à une vitesse supersonique. Fan de football et du FC Barcelone, le Premier ministre, au centre d’une polémique au lendemain de son déplacement en Falcon pour la finale de la Ligue des Champions, se cramponne à sa posture sociale libérale, au grand dam, cette fois encore, de l’aile gauche du PS. »